Ibrahim NJOYA.

Auteur : Ibrahim NJOYA, vers 1887-†1966. Artiste, cartographe et script du Sultan Ibrahim Njoya. Durant toute sa vie, cet artiste plasticien camerounais a développé et enseigné l’écriture Bamoun dans les écoles créées par le sultan et a joué un rôle prépondérant dans la rédaction de l’ouvrage, le plus important : Histoire et coutumes des Bamum
Un très rare dessin original de grand format représentant Sa Majesté le Sultan Ibrahim Njoya (1889-†1933), roi des Bamoun, enseignant son écriture à ses notables. Cette œuvre illustre l’engagement du souverain qui fonda des écoles royales(1) dans toutes les régions de son royaume.
C’est l’un des plus anciens dessins d’« art bamoun » exécutés sur une écorce battue connus et conservés à ce jour.
Titre : Portrait du roi NJOYA, le premier écrivain camerounais
Exécuté vers 1925-1930.
Le dessin n’est pas signé, comme à l’accoutumée. Il peut être mis en rapport avec l’œuvre graphique d’Ibrahim Njoya (cousin germain et homonyme du monarque, le fils de Nji Ntieshvers, vers 1887-†1966), l’un des artistes les plus appréciés, ainsi qu’avec l’atelier d’Ibrahim Tita Mbohou, Nji Mama ou encore Nji Fransawaya.
UN MAGNIFIQUE ET TRÈS RARE DESSIN ORIGINAL EN COULEUR de la période coloniale française. Encre noire et pigments naturels, initialement dessiné en noir à la plume ou au calame (roseau taillé), rehaussé au pinceau, sur une feuille en écorce battue traditionnelle (l’écorce d’un arbre appelé le shüé) brun ocre, représentant l’illustre roi Ibrahim Njoya, souverain emblématique du royaume bamoun, au Cameroun, et l’inventeur d’une nouvelle écriture et de la langue secrète shü-mom vers 1896.
Les dessins de l’époque du roi Njoya sont rares dans les collections privées et publiques : seuls quelques musées détiennent ce type de dessins. En effet, en raison de mauvaises conditions de conservation des documents dans les fonds des archives locales (Yaoundé, Foumban), nombre de ces dessins ont malheureusement disparu à tout jamais. Il est important également de souligner que les dessins exécutés sur écorce battue sont devenus des objets de collection très prisés par les musées et les collectionneurs privés internationaux.
Il n’existe aucun dessin traditionnel bamoun exécuté sur feuille en écorce battue conservé dans les fonds d’archives ou les collections publiques européennes, y compris au Musée Royal de Foumban (Cameroun).
PROVENANCE : Collection particulière, Belgique. Une provenance parfaitement établie : ancienne collection du docteur François RATY, Liège, Belgique. La « Collection François RATY » bénéficie d’une renommée internationale.
Dimensions du dessin : H. : 630 mm. ; L. : 450 mm.
État : Quelques altérations variées sans gravité ni atteinte au dessin (plis, froissures, taches ou petites lacunes). Les bords du dessin se sont effrangés à leur extrémité. Le dessin est encore aujourd’hui dans un assez bon état de conservation.
En 1896, le sultan Ibrahim Njoya (1889-1933) est l’inventeur de l’une des très rares écritures africaines originales, le shü-mom, et d’un système éducatif propre à son royaume, réservé aux nobles et aux dignitaires du palais : de cette écriture, basée sur un système iconographique antérieur, sont nés de merveilleux dessins parfois rehaussés de couleurs dont il est à l’origine de la création.
Les entretiens réalisés par Claude Tardits(2) avec Ibrahim Njoya (l’artiste) évoquent de premiers dessins d’abord dans le sable puis sur des écorces d’arbres(3), avant de se développer sur d’autres supports comme le papier d’importation européenne.
Note historique : Le passage rapide au support papier a été un choix stratégique du sultan Ibrahim Njoya afin de moderniser son administration. Cela a rendu les documents exécutés sur écorce extrêmement rares, voire les a confinés à un usage pré-alphabétique ou purement rituel.
1. En 1910, Njoya ouvre une école : Bamum schule des Häuptlings Njoya, où l’on apprend à écrire en bamoun avec l’écriture royale, à connaître l’histoire et les traditions du pays, mais où l’on chante également des cantiques chrétiens. Cette pédagogie est alors enseignée dans la vingtaine d’écoles royales ouvertes à travers le territoire bamoun. Dès 1920, l’administration militaire française commence à restreindre, puis progressivement ferme les écoles de langue bamoun pour imposer l’enseignement exclusif en français. Le roi Ibrahim Njoya perd en quelques années la réalité de son pouvoir et de ses ressources, entre 1920 et 1924 ; il est placé en résidence libre en 1931 et décède à Yaoundé 1933.
2. Claude Tardits, Le royaume bamoum, Paris, Armand Colin, 1980.
3. Des témoignages historiques indiquent que les premiers essais de l’alphabet shü-mom ont été tracés sur des supports de fortune, y compris l’écorce d’arbre. L’art du dessin sur écorce battue est une pratique artistique rare en Afrique noire traditionnelle.
Portrait du roi Njoya, le premier écrivain camerounais
Ce précieux dessin traditionnel polychrome a été exécuté au début du XXe siècle à Foumban, capitale du royaume bamoun, située dans la région des hauts plateaux du Cameroun, parmi l’entourage direct de la Cour royale. Cette œuvre d’un réalisme narratif fait probablement partie d’une série de dessins – véritable geste à caractère politique –, commandés par le roi Njoya. Son expression repose sur un triple registre graphique : figuratif (portrait), schématique/iconographique (cadres, symboles) et écrit (écriture bamoun dans sa dernière version). L’artiste, peut-être Ibrahim Njoya (son homonyme), doué d’un talent remarquable, y représente de manière frontale le sultan Ibrahim Njoya en habit royal dans une posture rituelle et cérémonielle. Le monarque absolu siège au sein de l’école de son palais et enseigne son art de l’écriture royale face à une « société de cour ». Le dessin comporte en son centre comme exergue : « Portrait du roi Njoya, le premier écrivain camerounais ».
Dans la partie supérieure gauche du dessin apparaît un script en langue shü-mom (en alphabet syllabo-phonétique)*. La partie supérieure droite présente, quant à elle, une translittération en caractères latins, manuscrite, à l’encre et en lettres capitales : « L’écriture shü-mom fondée sous l’égide du roi Njoya avant l’arrivée des colons blancs, cette écriture servit au souverain d’écrire l’histoire de son royaume. Il entreprit l’expansion dans sa région et les chefferies avoisinantes. L’arrivée de l’administration coloniale mit fin aux ambitions du roi car ses écoles furent fermées… ».
La partie inférieure du dessin représente la façade du corps central d’un bâtiment scolaire (une case traditionnelle). Dans une aire ouverte, au premier plan, s’alignent selon une distinction droite/gauche deux rangées de silhouettes, assises de dos, leurs noms sont rédigés en bamoun puis transcrits en caractères latins. Il s’agit de hauts dignitaires, notables ou chefs du pays bamoun qui apprennent consciencieusement l’alphabet de l’écriture shü-mom, face à un long tissu de coton tendu sur lequel est inscrit l’alphabet bamoun. Cette assemblée de hiérarques est encadrée par un coryphée.
Ce dessin présente un intérêt incontestable par sa qualité esthétique et historique. En venant enrichir le corpus des œuvres majeures qui peuvent être liées à Ibrahim Njoya et à son atelier, il permet d’en mieux appréhender la genèse.
*Les notes sont rédigées dans la dernière version simplifiée (80 signes) de l’écriture dite lewa, dans son 7e alphabet a ka u ku, inventée par le roi Njoya à la fin du XIXe siècle juste avant l’arrivée des Allemands, les premiers Européens à pénétrer dans le pays bamoun.
Ibrahim NJOYA. Portrait des 18 rois bamoun. Papier, encre de chine, gouache, crayons de couleur. Museum für Völkerkunde, Wien (inv. n° 33559). Le roi Njoya enseignant son écriture à ses notables, détail.
Le sultan Ibrahim Njoya en habit royal et son épouse.




