BALZAC. Le Père Goriot

« Rare et très recherché » (Clouzot, p. 22)

Balzac le pere 3

 

« Ouvrage remarquable, de la plus grande rareté »

Balzac le pere 1

 

VÉRITABLE ÉDITION ORIGINALE EN PREMIER TIRAGE DE LA PLUS GRANDE RARETÉE

Balzac le pere 2

BALZAC (Honoré).

Le Père Goriot histoire parisienne publiée par M. de Balzac.

Paris, Librairie De Werdet, 49, rue de Seine-St-Germain ; Spachmann*, Éditeur, 24, rue Coquenard, 1835.

[Imprimerie De P. Baudouin, rue Mignon, n° 2]

*Soulignons que Jacques-Frédéric SPACHMANN, rue Coquenard (actuelle rue Lamartine), coéditeur du Père Goriot, était le relieur habituel de Balzac.


2 tomes reliés en 2 volumes in-8° ; I/(4)-[19]-352 pp. et 1 feuillet non chiffré de table ; II/(2)-374 pp. et 1 feuillet non chiffré de table. La table des ma­tières compte sept chapitres.

Les faux-titres sont imprimés : Œuvres de M. De Balzac. – Le Père Goriot. Au verso des faux-titres ont lit : Se trouve aussi chez MM. Ed. Legrand et J. Bergounioux, 59, quai des Augustins ; Lecointe et Pougin, 39 même quai.

Demi-veau Lavallière, dos lisse très joliment orné de filets or et de filets à froid, palette or en pied, pièce de titre et de tomaison en maroquin noir, tranches mouchetées, UNE TRÈS BELLE RELIURE DE L’ÉPOQUE.


12 500 €


Naturellement, ce rarissime exemplaire en premier tirage de l’édition originale référencée au catalogue de la Bibliographie de la France, le 14 mars 1835, ne possède pas la préface de 8 feuillets datée du mars 1835. Cette dernière fut fournie postérieurement le 30 mai 1835 dans la seconde édition*.

* Description de la seconde édition :

Le Père Goriot. Troisième édition revue et corrigée. Paris, Librairie De Werdet, Spachmann, Éditeur, 1835. 2 volumes in-octavo.
En réalité, la seconde édition (Balzac ayant compté comme première édition la publication pré-originale dans La Revue de Paris) ; elle contient la préface qui ne pouvait être jointe à l’édition originale en premier tirage (pas encore imprimée) et où Balzac défend son roman contre la critique (édition référencée au catalogue de la Bibliographie de la France, le 30 mai 1835).


Note éditoriale

Un mot sur Edmond Werdet, l’homme qui rêva de devenir L’UNIQUE ÉDITEUR de Balzac : «  Malheur à celui qui avait l’outrecuidante témérité de résister à ses exigences et à ses caprices » (Cf. : Werdet, Souvenirs…, Dentu Éditeur, 1879, p. 37).

Edmond Werdet (1793-1870), d’abord employé de librairie, puis éditeur, s’associa à la veuve Charles-Béchet et rêva de devenir l’unique éditeur de Balzac, publiant Le Médecin de campagne (pour la deuxième édition de 1834 et la troisième édition de 1836), Le Père Goriot, Le Lys dans la vallée, etc. N’ayant pas résisté aux perpétuelles demandes d’argent de Balzac, il fut réduit à déposer son bilan en 1837, et finalement la faillite l’obligea à abandonner la libraire


TRÈS RARE EXEMPLAIRE SANS ROUSSEURS DE LA PLUS GRANDE RARETÉ DANS CETTE CONDITION.

Dimensions : 210 x 125 mm


Bibliographie

 

Pierre Berès, Exposition commémorative du cent cinquantième anniversaire de Balzac, Paris, 1949, n° 281. BnF, Honoré de Balzac 1799-1950, Exposition organisée pour commémorer le centenaire de sa mort, Paris, 1950, n° 352, p. 86. Carteret, Romantique & Moderne, t. I, p. 70.

- Vicaire, Manuel de l’Amateur de Livres du XIXe siècle, t. I, col. 199 : « Je n’ai pu voir cette édition qui n’est pas à la Bibliothèque Nationale et c’est à M. le Vicomte de Spœlberch de Lovenjoul que je dois le libellé exact. »

- Catalogue de la Collection Joseph GABALDA* (1863-1932), Honoré de Balzac, Paris, Drouot, 1876, n° 9I : « Rare et très recherché. »

* La Collection Joseph GABALDA, « pieux bibliopole », fut avec l’impressionnante collection du vicomte Charles de Spœlberch de Lovenjoul, la plus complète que possible, consacrée au « culte Balzac ».

- Nous vous invitons à lire le maître de la biographie : Stefan SWEIG, Balzac, le roman de sa vie, Paris, Albin Michel, 1950 (ou Collection Le Livre de Poche), publiée après sa mort, cette œuvre l’occupa dix années durant.

- Nous vous invitons à lire les notes de Julien GRACQ sur Balzac in en lisant en écrivant, Paris, José Corti, 1981, p. 17 sqq.

- Nous vous invitons à lire la biographie de référence par l’un des plus grands spécialistes de Balzac : Roger PIERROT, Honoré de Balzac, seconde édition revue et corrigée, Paris Fayard, 1999.

- Nous vous invitons à lire : Éric HAZAN, Balzac, Paris, La Fabrique, Éditions, 2018.

- Soulignons un livret de pièce de théâtre inspiré de l’œuvre de Balzac : Le Père Goriot, drame-vaudeville en trois actes par MM. Théaulon, Al. Decombrousse et Jaime, Paris, 1835.

Représenté au Théâtre des Variétés le 6 avril 1835. Le rôle de Rastignac était tenu par Bressant, ce fut l’un des ses premiers grands succès.


VÉRITABLE ÉDITION ORIGINALE EN PREMIER TIRAGE DE LA PLUS GRANDE RARETÉE publiée quelques semaines seulement après la fin de la parution en livraisons, premier jet de l’œuvre, dans les tomes XII et XIV de La Revue de Paris à la fin de l’année 1834 (le texte offre de nombreuses variantes avec celui de l’édition originale imprimée chez Werdet), afin d’éviter la fâcheuse contrefaçon des libraires belges qui inondaient le marché avec les mêmes titres qu’à Paris, imprimés en un seul volume et bien moins chers*.

* Le Père Goriot. Bruxelles, Ad. Wahlen, 1835, in-16°. Édition originale belge reproduisant le texte paru dans La Revue de Paris.


Le fonds Lovenjoul conserve le manuscrit du roman (en fait une copie autographe, qui a servi à l’impression) sous la cote A 183 ; 176 feuillets reliés, dédiés à Mme Hanska (c’est dans cette dédicace qu’on a découvert, sous une rature, la mention du « jour inoubliable » où ils devinrent amants). Du brouillon ne subsiste qu’une page de début, abandonnée (cote : Lov. A 301 f° 220).

Le catalogue éditeur de 1845 fait passer Le Père Goriot dans les « Scènes de la vie privée », avant Le Colonel Chabert, ce que confirme l’édition collective chez Furne corrigée qui porte d’allusives corrections en marge.


« Le nouveau roman (de M. de Balzac) ne pouvait manquer de faire fureur. À peine avons-nous besoin de dire que la première édition est à peu près épuisée, quoiqu’elle ne fasse que succéder aux livraisons de La Revue de Paris, que tout le monde se disputait dans les cabinets de lecture. Un plus sûr thermomètre du succès remporté par M. de Balzac, c’est la violence des irritabilités envieuses qui se déchaînent contre lui. Il doit être fier de ce redoublement d’attaques : c’est le complément d’un triomphe. » (Rédacteur anonyme in : L’Impartial, 8 mars 1835).


« Dans la première édition en librairie du Père Goriot (mars 1835), on compte vingt-trois personnages reparaissants. Balzac enrichit si bien sa technique au fil de la publication de ses œuvres nouvelles et des rééditions de ses œuvres anciennes que, au total, quarante-huit acteurs de la Comédie humaine reparaissent dans Le Père Goriot. Ce nombre extrêmement élevé en fait, pour le philosophe Alain, l’un de ces « carrefours où les personnages de la Comédie hu­maine se rencontrent, se saluent, et passent. De là vient qu’au lieu d’être dans un roman, on est dans dix » (Avec Balzac, Gallimard, 1937 [1935], p. 191) ; ou pour le romancier François Mauriac, « un rond-point. De là partent les grandes avenues qu’il [Balzac] a tracées dans sa forêt d’hommes » (Le Romancier et ses personnages, Presses Pocket, « Agora », 1990, p. 50-51). » (Maison de Balzac, Paris XVIe arrondissement).


Baudelaire fin critique littéraire d’Honoré de Balzac

« J’ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur ; il m’avait toujours semblé que son principal mérite était d’être visionnaire, et visionnaire passionné. »

« Tous ses personnages sont doués de l’ardeur vitale dont il était animé lui-même. Toutes ses fictions sont aussi profondément colorées que les rêves. Depuis le sommet de l’aristocratie jusqu’aux bas-fonds de la plèbe, tous les acteurs de sa Comédie sont plus âpres à la vie, plus actifs et rusés dans la lutte, plus patients dans le malheur, plus goulus dans la jouissance, plus angéliques dans le dévouement, que la comédie du vrai monde ne nous les montre. Bref, chacun, chez Balzac, mêmes les portières, a du génie. Toutes les âmes sont des âmes chargées de volonté jusqu’à la gueule. C’est bien Balzac lui-même. Et comme tous les êtres du monde extérieur s’offraient à l’œil de son esprit avec un relief puissant et une grimace saisissante, il a fait se convulser ses figures ; il a noirci leurs ombres et illuminé leurs lumières. Son goût prodigieux du détail, qui tient à une ambition immodérée de tout voir, de tout faire voir, de tout deviner, de tout faire deviner, l’obligeait d’ailleurs à marquer, avec plus de force les lignes principales, pour sauver la perspective de l’ensemble. Il me fait quelquefois penser à ces aquafortistes qui ne sont jamais contents de la morsure, et qui transforment en ravines les écorchures principales de la planche. De cette étonnante disposition naturelle sont résultées des merveilles. » (Charles Baudelaire : article consacré à Théophile Gautier, in : L’Artiste, du 13 mars 1859).

« Tous les personnages sont doués de l’ardeur vitale dont il était animé lui-même. Toutes ses fictions sont aussi colorées que les rêves. Depuis le sommet de l’aristocratie jusqu’aux bas-fonds de la plèbe, tous les acteurs de sa Comédie sont plus âpres à la vie, plus actifs et rusés dans la lutte, plus patients dans le malheur, plus goulus dans la jouissance, plus angéliques dans le dévouement, que la comédie du vrai monde ne nous les montre. Toutes les âmes sont des âmes chargées de volonté jusqu’à la gueule. » (in Charles Baudelaire, Œuvres complètes, L’Art Romantique, t. III, Paris, Michel Lévy, 1868-1870).

Le poète et prosateur Charles Baudelaire est le plus fin critique littéraire d’Honoré de Balzac. Le jeune poète a lu Balzac avec une grande attention, ses pages de critiques littéraires, réunies dans son ouvrage « L’art romantique », publiées pour la première fois dans leur intégralité en 1868-[1870], écrites depuis 1845 et pendant les années suivantes sont remarquables. Dans ces textes, Baudelaire fait preuve d’une admirable lucidité de pensée et d’analyse, d’une sûreté dans l’exposé des principes théoriques, d’une modernité, d’une délicatesse, d’une sensibilité et d’une précision infaillible de jugement.


Égoïsme, arrivisme, immoralité, amour et argent, Le Père Goriot, un petit chef-d’œuvre qui inaugure la naissance de la Comédie humaine

Balzac résume l’intrigue du Père Goriot d’une manière lapidaire : « Un brave homme – pension bourgeoise – 600 F de rentes – s’étant dépouillé pour ses filles qui, toutes deux, ont 50 000 F de rentes – mourant comme un chien. »

Le Père Goriot, roman du père renié par ses fils au nom des passions et des ambitions humaines, ce livre offre une impressionnante galerie de portraits et de noms familiers qui sont devenus des types communs, encore reconnaissables de nos jours. Eugène de Rastignac, jeune provincial « monté » à Paris, sans fortune, sans talent et ambitieux qui pleure sur les illusions de sa jeunesse finira ministre ; Horace Bianchon, qui partage avec lui les maigres « ratatouilles » de la Maison-Vauquer, deviendra l’un des plus grands médecins de son temps, membre de l’Académie des sciences, officier de la Légion d’honneur ; Vautrin, alias Jacques Collin, alias Trompe-la-Mort, le forçat évadé très épris de revanche sociale, homme sans scrupule que l’on retrouvera chef de la police (souvent identifié à Vidocq). De la sinistre pension Vauquer aux bals de l’aristocratie du faubourg Saint-Germain, tous ces personnages sont magnifiquement entourés par le baron et la baronne Delphine de Nucingen, fille cadette du père Goriot, la vicomtesse de Beauséant, la duchesse de Langeais, le comte et la comtesse Anastasie de Restaud, fille aînée du père Goriot, dans un Paris sous la Restauration où les règles cruelles gouvernent la haute société.

Maurice Bardèche y vit la naissance de la Comédie humaine, et remarqua le retour des personnages et le rôle des contrastes intérieurs à l’œuvre.


Les bonnes feuilles

Le célèbre défi de Rastignac sur les hauteurs de la colline du cimetière du Père-Lachaise.

 

« A six heures, le corps du père Goriot fut descendu dans sa fosse, autour de laquelle étaient des gens de ses filles qui disparurent avec le clergé aussitôt que fut dite la courte prière due au bonhomme pour l’argent de l’étudiant. Quand les deux fossoyeurs eurent jeté quelques pelletées de terre sur la bière pour la cacher, ils se relevèrent, et l’un d’eux, s’adressant à Rastignac, lui demanda leur pourboire. Eugène fouilla, il n’avait plus rien, et fut forcé d’emprunter vingt sous à Christophe. Ce fait, si léger en lui-même, détermina chez Rastignac un accès d’horrible tristesse. Le jour tombait, il n’y avait plus qu’un crépuscule qui agaçait les nerfs, il regarda la tombe et y ensevelit sa dernière larme de jeune homme, cette larme arrachée par les saintes émotions d'un cœur pur, une de ces larmes qui, de la terre où elles tombent, rejaillissent jusque dans les cieux. Il se croisa les bras, contempla les nuages. Christophe s’en alla. Bientôt Rastignac resta seul. Il fit quelques pas vers le haut du cimetière, et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s’attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer ! Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ce mot suprême !

 

— A nous deux maintenant.

 

Puis il revint à pied rue d’Artois, et alla dîner chez madame de Nucingen. »

Ainsi fini Le père Goriot.


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