MISSALE ECCLESIE CATHALAUNENSIS. 1543

Missale 5

Missale 3

Missale 4

Missale 1 fd noir

Missale 2

Sous la plume de l'historienne de l'art Ilona Hans-Collas.

MISSALE INSIGNIS ECCLESIE CATHALAUNENSIS. 1543

Un très rare exemplaire d’un missel à l’usage de Châlons-en-Champagne, imprimé sur vélin, à Paris en 1543 par Yolande Bonhomme, veuve de Thielman Kerver ; illustré de nombreuses gravures enluminées et dans une reliure du XIXe siècle de Lortic.


Parchemin, in-folio, 2 ff. de garde, tissu et papier (le premier en soie rouge est doublé de papier marbré, le second en papier marbré (recto), XIXe siècle) + 2 ff. de garde en parchemin (XIXe siècle) + 232 feuillets: dont 10 ff. (non foliotés comprenant le frontispice (premier feuillet recto), la table pascale (premier feuillet verso), le calendrier (6 ff.), liste des fêtes du diocèse de Châlons et Benedition aquae) + 130 (foliotés de I à CXXX) + 56 (foliotés de I à LVI) + 36 (foliotés de I à XXXV ; les deux derniers sont foliotés XXXV ; le dernier a été refait) + 2 ff. de garde en parchemin (XIXe siècle) + 2 ff. de garde en papier (le premier doublé de papier marbré, le second en papier marbré doublé de soie rouge) ; 334 x 222 mm ; justification : 263 x 161-164 mm ; 45 lignes sur 2 colonnes (32-42 lignes pour le calendrier ; 22 lignes de taille plus grande pour le Canon), réglure à l’encre rose. Reliure de Lortic (XIXe siècle), tranches dorées.


Vendu


RELIURE, XIXe siècle, maroquin La Vallière et maroquin rouge ; 344 x 240 x 60 mm.
La marque du relieur est collée au verso du feuillet de garde du début: petite étiquette avec le motif de livres empilés sur lesquels sont écrits le nom du relieur LORTIC. RELIEUR DOREUR PARIS et les récompenses obtenues aux expositions universelles de Londres, Paris, Vienne et Philadelphie. La distinction de chevalier de la Légion d’honneur en 1878 figure au- dessus de l’emblème.

Décor mosaïqué, identique pour les plats supérieur et inférieur, composé d’une grande croix centrale ornée au milieu d’une Vierge debout, tenant un livre ouvert et foulant un serpent aux pieds; aux extrémités de chaque bras de la croix figurent les quatre symboles des évangélistes (taureau ailé, lion ailé, aigle, ange) ; aux angles, des têtes de dragons crachent des rinceaux rouges qui s’enroulent en spirales sur toute la surface et qui se terminent par des fleurs stylisées ; décor entouré d’une bordure bleue. Dos orné d’un décor semblable formé de rinceaux et de têtes de dragons; titre MISSALE ECCLESIE CATHALAUNENSIS. Doublure en maroquin rouge décorée d’un semis de marguerites dorées entourées d’une bordure de rinceaux feuillagés et de filets dorés très fins.

Le missel est présenté dans un étui soigné en maroquin La Vallière de l’atelier Lortic ; au dos, titre en lettres dorées: MISSALE ECCLESIE CATHALAUNENSIS. PARISIIS 1543.

Nota bene: Pierre-Marcellin LORTIC (1822-1892), relieur installé à Paris dès 1840, rue de la Monnaie puis rue Guénégaud. Première médaille reçue à l’exposition universelle de Londres en 1851. En 1884, ses fils Marcelin et Paul lui succèdent.


ÉTAT DE CONSERVATION

Très bon état de conservation général avec des gravures somptueusement enrichies de couleurs qui ont gardé toute leur fraîcheur. Très peu d’écailles ou de parties frottées. Tous les feuillets présentent de légères taches, perceptibles sur la surface des marges mais n’affectant ni le texte ni les illustrations. Ces taches seraient dues à l’humidité ; elles semblent anciennes car elles sont déjà signalées dans le catalogue de vente de la collection Firmin-Didot en 1879. Le dernier feuillet (f. XXXV) a été refait à l’identique (recto et verso). Il porte la même foliotation que le feuillet qui précède (ceci est aussi le cas pour les autres exemplaires connus du Missel). Reliure en parfait état de conservation.


PROVENANCES PRESTIGIEUSES

Cardinal Robert de Lenoncourt (1510-1561).

Le cardinal Robert de Lenoncourt reçut ce missel qui fut fait à l’initiative de son vicaire général, le chanoine Nicolas Lanisson. Ses armoiries, surmontées d’un chapeau de cardinal, ornent le frontispice: aux 1 et 4, d’azur, à la croix d’argent, cantonnée de quatre fleurs de lys d’or (Châlons) ; aux 2 et 3, d’argent, à la croix engrêlée de gueules (Lenoncourt). Les mêmes armoiries figurent en fin de volume (f. XXXV v°).
Robert II de Lenoncourt eut une belle carrière ecclésiastique : comte-évêque de Châlons-en- Champagne et de Metz, archevêque d’Embrun, d’Auxerre, de Sabine, d’Arles et de Toulouse. Il fut élu cardinal en 1538, date qui figure sur le décor d’architecture de la pleine page du Christ en majesté (f. CXXV). Il fut également pair de France.

Ambroise Firmin-Didot (avant 1879).

Le missel a fait partie de la très riche collection d’Ambroise Firmin-Didot (1790-1876), célèbre imprimeur, libraire parisien, graveur et fondeur de caractères, auteur, collectionneur d’art.
Il a figuré à la deuxième vente de la bibliothèque de Firmin-Didot qui s’est déroulée à l’hôtel des commissaires-priseurs, rue Drouot, à Paris, étalée sur six jours (du lundi 26 au samedi 31 mai) et comprenant 525 lots, manuscrits et imprimés, dont une large part de livres religieux. Parmi eux notamment les célèbres Heures d’Anne de Bretagne, le Missel de Charles VI ou encore les Heures de René II de Lorraine.
Le présent missel, indiqué sous la rubrique « Liturgie », fut mis aux enchères le lundi 26 mai 1879 sous le lot 73 et fut vendu pour un prix de 3 600 francs. L’exemplaire annoté du catalogue de vente (BNF) livre le prix mais pas d’indication sur l’acquéreur.

Note manuscrite au verso du feuillet de garde en papier du début du missel:
Missel à l’usage du diocèse de Châlons-sur-Marne, non cité. – 1543 – Exemplaire sur vélin, exécuté spécialement pour le cardinal Robert de Lenoncourt, évêque et comte de Chalons-sur-Marne, pair de France, dont les Armes se trouvent sur la première page, au dessous d’une miniature représentant St Etienne, martyr, patron de la ville. – Page entièrement peinte, y compris le titre, mais sous la gouache on aperçoit la gravure. – 2 [chiffre barré et remplacé par «Titre +3»] grandes miniatures – 118 petites – 30 moyennes ; tantôt originales pour lesquelles la place avait été laissée en blanc, tantôt recouvrant des gravures sur bois – 232 feuillets. – Vente Didot 1879 no 73.
À côté indication du nombre de feuillets (de la même main que le chiffre barré) : 130, 56, 35, 1 f. refait à la plume.

Collection privée, non identifiée (avant fin 2001):

Vente à Paris chez Drouot, le 20 décembre 2001, lot 173 (la notice indique erronément la date de 1878 pour la vente de Firmin-Didot). Cette vente était pour une large partie consacrée à la bibliothèque d’André Hachette. Le missel ne faisait pas partie de cette collection car il est indiqué sous la rubrique « Livres provenant de divers amateurs ».

Remarque: Il est difficile de reconstituer les provenances avant la vente de la collection de Firmin-Didot en 1879. D’éventuelles indications sur la reliure et les gardes d’origine ont peut-être disparu lors du changement de la reliure au XIXe siècle.
On peut toutefois mentionner la présence d’un missel dans la bibliothèque de l’abbé Rothelin (mort en 1744) dont le catalogue de vente, dressé en 1746, indique parmi les livres liturgiques un « Missale Catalaunense, impressum in membranis, cum figuris depictis. Paris. Vidua Kerver, 1543. in fol. mar. r. ». Ce livre fut vendu 43 livres, 10 sous (Martin, 1746, p. 25, lot 243). Ce même missel est brièvement décrit par Osmont en 1768 comme un « in-fol. rare », « imprimé sur vélin, & dont les Figures étoient enluminées, a été vendu 43 l. 19 s. » [sic] (Osmont, 1768, p. 477).

Cet exemplaire enluminé et dans une reliure de maroquin rouge pourrait correspondre à celui acquis plus tard par Ambroise Firmin-Didot. En aucun cas il ne peut s’agir des exemplaires de la BNF ni de ceux de la bibliothèque municipale de Châlons-en-Champagne (voir plus loin) dont les reliures sont d’un autre type et qui n’ont pas cette marque de provenance. Seul le Vélins-158 est enluminé mais sa reliure n’est pas de maroquin rouge.

Charles d’Orléans de Rothelin (Paris août 1691-17 juillet 1744) fut abbé des Corneilles, homme d’Église et homme de lettres, théologien, bibliophile, collectionneur de médailles, membre de l’Académie ; descendant de Dunois. La vente de sa bibliothèque eut lieu en avril 1746, soit deux ans après la mort de l’abbé.


CONTENU

Livre liturgique, destiné au célébrant, rassemblant tous les textes nécessaires à la célébration de la messe (prières, lectures et chants) tout au long de l’année liturgique.
Texte exclusivement en latin, imprimé en caractères rouges et noirs.
Au revers du frontispice, sous la tabula ad inventendum pascha in perpetuum, indication de la date de 1543 (en rouge et en chiffres romains): Nota quod in anno presenti M. CCCCC.XLIII. in quo fuit scripta presens tabula numerus aureus est.

Usage liturgique: missel à l’usage du diocèse de Châlons-en-Champagne(Châlons-sur- Marne) ; en latin dioecesis Catalaunensis.
Au début du propre du temps [f. I], en rouge: Christi nomine invocato, incipit ordo missarum per anni circulum, tam de tempore quam de sanctis, secundum usum insignis ecclesie Cathalaunensis.

Dans le calendrier, on remarque de nombreuses fêtes de saints du diocèse: saint Alpin (2 mai, fête de la translation, marquée en rouge ; 7 septembre), saint Gibrien (7 mai), saint Menge (5 août, en rouge), saint Bercaire (16 octobre). Saint Étienne, patron de la cathédrale de Châlons, est indiqué au 26 octobre, fête de la dédicace diocèse, et le martyre du saint, au 26 décembre. Le saint est également honoré par deux belles gravures qui montrent la scène de la lapidation : le frontispice et au feuillet XXXII de la fête de l’invention des reliques du saint ; deux autres petites gravures montrent le diacre tenant la palme du martyre et les pierres qui font référence à sa lapidation (ff. XI v° et XX v°).

Missel imprimé à Paris en 1543:
Colophon au recto du dernier feuillet du volume (f. XXXV ; feuillet refait), texte calligraphié en lettres noires et rouges ; les indications en rouge étant réservées aux noms et à la date: Excudebat Jolanda Bonhomme vidua spectabilis viri Thielmanni Kerver Parisiis in edibus suis, sub insigni unicornis, in vico divi Jacobi. Sumptibus et diligentia discreti viri magistri Nicolai Lanisson presbyteri in decretis licentiati, ecclesieque Cathalaunensis canonici ac thesaurarii necnon reverendissimi domini cardinalis de Lenoncourt vicarii generalis. Anno domini millesimo quingentesimo quadragesimo tertio, mense octobri.

Yolande Bonhomme, veuve de l’imprimeur Thielman Kerver décédé en 1522. La période de son activité d’imprimeur libraire se situe entre 1522 et 1557, année de sa mort. Yolande Bonhomme fut la fille de l’imprimeur-libraire Pasquier Bonhomme. Elle fut installée à la rue Saint-Jacques.

Nicolas Lanisson fut, comme le colophon l’indique, vicaire général du cardinal Robert de Lenoncourt, chanoine et trésorier de la cathédrale de Châlons. Il est attesté par des documents d’archives des années 1530-1550.
Signalons que les deux hommes sont mentionnés par Louis Vassé, médecin à Châlons, qui dédie son ouvrage In anatomen corporis humani tabulae quatuor à Robert de Lenoncourt et adresse l’épître dédicatoire à Nicolas Lanisson.

Date d’exécution:
La date de 1543 figure en chiffres arabes en haut de la page frontispice et en toutes lettres, en latin, au colophon. L’impression du texte et des gravures et l’enluminure sont contemporaines.
Seul le dernier feuillet fut refait au XIXe siècle, peut-être par Adam Pilinski. On sait qu’Adam Pilinski (1810-1887) travailla pour le bibliophile Firmin-Didot et réalisa des reproductions en fac-similé d’après des manuscrits de sa collection (voir Adam Pilinski, 1890, p. 5).


ILLUSTRATIONS

Technique: gravure enluminée, couleur couvrante, or et argent. L’oxydation de l’argent est visible au revers des armories du frontispice.

Dimensions des gravures:
Le missel est illustré de 150 gravures, de formats différents, toutes mises en couleur.
L’image frontispice occupe une pleine page au début du volume (290 x 179 mm).
Deux autres gravures sont à pleine page et forment une très belle double page au début du Canon (chacune mesurant 270 x 178 mm).
Une illustration au début du volume (f. I) occupe une demi-page et est de format carré (150 x 150 mm).
31 illustrations, de taille moyenne, se logent dans l’espace de la largeur d’une colonne (environ 100 x 72 mm ; 19 interlignes).
96 petites (environ 50 x 37 mm ; 10 interlignes).
18 très petites (environ 32 x 21 mm ; 4 à 6 interlignes).
1 initiale historiée au Canon (32 x 32 mm ; 3 interlignes).

Outre les nombreuses gravures mises en couleur, riche décor enluminé:
[F. 1]: Encadrement orné pour le premier feuillet au début du temporal (ou propre du temps) : décor enluminé sur fond doré ; acanthes multicolores (rouges, bleus, roses) ; fleurs (pensées, roses, pâquerettes) et fruits (fraises, mûres). Certaines illustrations de moyen format sont entourées d’un cadre enluminé de même type comme par exemple l’image de saint Michel (f. XLVII et X v°) ou celle du Commun des Vierges (f. VIII v°).
Plus de 300 initiales ornées de taille variable sont réparties dans le volume selon une hiérarchie. Elles sont de deux types différents qui alternent (parfois plusieurs initiales par pages) :
- initiales en couleurs sur fond doré (3 à 7 interlignes), sous les gravures, au début des offices (introït). Elles sont décorées de feuilles, de fruits et de fleurs, d’une grande diversité (roses, bleuets, campanules, fraisiers, etc.) ;
- initiales dorées sur fond bleu orné de motifs dessinés en blanc (4 à 7 interlignes).
D’autres initiales, simples, de couleur rouge (1-2 interlignes) se trouvent sous les rubriques rouges, introduisant les chapitres. Signes de paragraphe noirs (1 interligne).

Descriptions des illustrations:
Remarque: l’indication du verset des évangiles est transcrite (Jn-Jean, Lc-Luc, Mc-Marc, Mt- Matthieu) pour les petites illustrations ; pour les plus grandes images, l’office est indiqué.

Frontispice à pleine page, entouré d’un cadre à la manière d’un tableau. En haut, sur fond bleu, est écrit le titre en lettres capitales: MISSALE . INSIGNIS . ECCLESIE . CATHALAUNEN[SIS] . 1543. Sous le titre, décor architecturé se détachant d’un fond rouge semé de motifs dorés. Au centre, la représentation de la lapidation de saint Étienne : deux bourreaux jettent des pierres sur le saint tombé à terre ; dans le ciel figure Dieu le Père envoyant des rayons dorés vers le martyr. Les pilastres richement décorés reposent sur un large soubassement qui porte les armoires de Robert de Lenoncourt, surmontées d’un chapeau de cardinal : aux 1 et 4, d’azur, à la croix d’argent, cantonnée de quatre fleurs de lys d’or (Châlons) ; aux 2 et 3, d’argent, à la croix engrêlée de gueules (Lenoncourt). Dans la partie inférieure, un autre écu est présenté par deux satyres : d’azur, à deux épées d’argent, passées en sautoir, les pointes vers le bas, accompagnées en pointe d’une gerbe de blé d’or. Ces armoiries sont certainement celles du chapitre de Châlons et précisément du chanoine Nicolas Lanisson qui fut à l’initiative du missel. Des motifs de têtes de boucs, des guirlandes de fruits et de fleurs et des masques complètent le riche décor.

Temporal:
[F. I] (150 x 148-150 mm ; gravure à mi page). Célébration de la messe à l’intérieur d’une église. Invocation. Le célébrant devant l’autel entouré d’ecclésiastiques et de laïcs, hommes et femmes. Une âme s’échappe des mains du célébrant et monte vers Dieu le Père, dans une nuée et entouré d’anges. Un chanoine portant l’aumusse à l’avant-plan, sans doute une référence à Nicolas Lanisson, chanoine de Châlons, dont le nom et cette fonction sont indiqués dans le colophon.
Dans l’encadrement enluminé de la marge inférieure : l’écu de France entouré d’une couronne de laurier ; probable allusion au titre de pair de France de Robert de Lenoncourt.
F. II (Mt 21) Entrée du Christ à Jérusalem. – F. III (Lc 21) Annonce de la venue Christ. Hommes et femmes regardent vers le ciel où apparaît le Fils de l’homme entre le soleil et la lune. – F IIII (Mt 11) Disciples près de la prison de saint Jean-Baptiste. – F. IIII v° (Lc 1) Annonciation. – F. VI v° (Jn 1) Saint Jean prêchant. – F. VI v° (Lc 17) Jésus répondant aux Pharisiens. – F. VII Nativité. – F. VIII (Lc 2) Annonce aux bergers. – F. VIII Nativité. – F. VIII v° (Messe du jour de Noël) Nativité. – F. IX v° (Fête de saint Étienne) Saint Étienne tenant la palme du martyre et des pierres qui rappellent sa lapidation. – F. X Saint Jean évangéliste et son symbole l’aigle. – F. X v° (Jn 21) Le Christ et saint Pierre, suivi de saint Jean. – F. XII (Lc 2) Circoncision – F. XII v° (Fête de la Circoncision) Présentation au temple. – F.XIII Sainte Geneviève. – F.XIIIv° (Mt 2) Fuite en Égypte. – F.XIIII (Épiphanie) Adoration des mages. – F. XV (Lc 2) Jésus parmi les docteurs. – F. XV v° (Mt 3) Baptême du Christ. F. XVI (Jn 2) Noces de Cana. F. XVII (Mt 8) Un lépreux va à la rencontre de Jésus. – F. XVII v° (Mt 8) Jésus apaisant la tempête. Les disciples arrivent sur la rive, remontant le filet. – F. XVIII v° (Mt 20) Parabole des ouvriers dans la vigne. – F. XX (Lc 8) Parabole du semeur. – F. XXI v° (Lc 18) Jésus bénissant un homme en prière. – F. XXIII v° (Lc 7) Le Christ bénit un homme venant à sa rencontre. – F. XXIIII (Mt 5) Le Christ enseignant. – F. XXV (Mt 4) Tentation du Christ. – F. XXV v° (Mt 25) Jugement dernier et résurrection des morts. – F. XXVI (Mt 21) Le Christ chassant les marchands du Temple. – F. XXVII (Mt 12, 38) Le Christ entouré des apôtres, scribes et Pharisiens. – F. XXVII v° (Jn 8) Jésus parlant aux Juifs. – F. XXVIII (Jn 5) Guérison du malade de Bézatha. – F. XXIX v° (Mt 17) Transfiguration. – F. XXX (Mt 15) Une Cananéenne implorant le Christ. – F. XXX v° (Jn 8) Jésus parlant aux Juifs. – F. XXXI (Mt 23) Jésus parlant à ses disciples. – F. XXXI v° (Mt 20) Jésus bénissant les deux fils de Zébédée. – F. XXXII (Jn 5) Jésus parlant aux Juifs. – F. XXXIII (Mt 21) Les vignerons homicides (parabole). – F. XXXIIII (Lc 15) L’enfant prodigue. – F. XXXIV v° (Lc 11) Jésus chassant le démon. – F. XXXV v° (Lc 4) Le Christ et ses disciples. – F. XXXVI (Mt 18) Jésus parlant aux apôtres. – F. XXXVI v° (Mt 15) Jésus parlant aux Pharisiens et aux scribes. – F. XXXVII (Jn 6) Jésus entouré des apôtres et de juifs. – F. XXXVII v° (Jn 4) Le Christ et la Samaritaine. – F. XXXIX (Jn 8) Le Christ et la femme adultère. – F. XXXIX v° (Jn 6) Multiplication des pains. – F. XL v° (Jn 2) Le Christ chassant les marchands du temple. – F. XLI (Jn 7) Jésus parlant. – F. XLI v° (Jn 9) Un homme implore le Christ. – F. XLII v° (Jn 5) Jésus discutant entouré des apôtres. – F. XLIII v° (Jn 11) Résurrection de Lazare. – F. XLIV v° (Jn 8) Jésus discutant. – F. XLV (Jn 8) Le Christ et trois hommes voulant jeter des pierres (femme adultère). – F. XLV v° (Jn 7) Jésus parlant aux gardes. – F. XLVI (Jn 7) Jésus entouré des apôtres. – F. XLVI v° (Jn 10) Le Christ et des hommes munis de pierres. – F. XLVII v° (Lc 7) L’onction des pieds de Jésus. – F. XLVIII (Jn 11) Jésus et le conseil des grands prêtres et pharisiens. – F. XLVIII v° (Jn 6) Le Christ prêchant. – F. L. Arrestation du Christ. – F. LII v° (Jn 12) Entrée du Christ à Jérusalem. LII v° Présentation du Christ au peuple (Ecce homo). – F. LVI Portement de croix. – F. LVIII v° (Jn 13) Lavement des pieds. – F. LIX v° Crucifixion. (Vendredi Saint) – F. LXXI (Dimanche de Pâques) Résurrection du Christ. – F. LXXI v° (Mc 16) Saintes femmes au tombeau. – F. LXXII (Lc 24) Les disciples d’Emmaüs. – F. LXXIII (Lc 24) Jésus et ses disciples. – F. LXXIII v° (Jn 21) Jésus et ses disciples au lac de Tibériade. – F. LXXIIII (Jn 20) Apparition de Jésus (en jardinier) à Marie-Madeleine. – F. LXXIIII v° (Mt 28) Apparition de Jésus aux disciples. – F. LXXV (Jn 20) Marie Madeleine près du tombeau vide et arrivée de Pierre. – F. LXXV v° (Jn 20) Jésus et ses disciples. – F. LXXVI v° (Lc 24) Saintes femmes au tombeau gardé par l’ange. – F. LXXVII (Jn 10) Jésus et ses disciples. – F. LXXVII v° (Mc 4) Jésus enseignant. – F. LXXVIII (Jn 16) Jésus parlant aux disciples. – F. LXXIX (Jn 16) Jésus parlant aux disciples. – F. LXXIX (Mt 11) Jésus louant le Père. – F. LXXX (Jn 16) Jésus parlant aux disciples. – F. LXXX (Lc 11) Jésus et ses disciples. – F. LXXX v° (Mt 7) Jésus parlant aux disciples. – F. LXXXI (Jn 17) Jésus louant le Père. – F. LXXXI v° Ascension du Christ en présence de Marie et de saint Jean et d’une foule. – F. LXXXII (Mc 16) Ascension du Christ. – F. LXXXII v° (Jn 15-16) Jésus et ses disciples. – F. LXXIII (Jn 6) Jésus et ses disciples. – F. LXXXIIII v° (Jn 14) Jésus et ses disciples. – F. LXXXV Pentecôte. – F. LXXXV v° (Jn 14) Jésus et ses disciples. – F. LXXXVI (Jn 3) Jésus et ses disciples. – F. LXXXVI v° (Jn) Jésus et ses disciples. – F. LXXXVII v° (Jn 6) Jésus et ses disciples. – F. LXXXVIII (Lc 9) Jésus et ses disciples. – F. LXXXVIII v° (Lc 5) Guérison d’un paralysé. – F. XC (Fête de la Trinité) Image de la Trinité sous forme de schéma avec inscriptions. Figure tricéphale entourée des quatre symboles des évangélistes. – F. XCI v° (Messe du Saint Sacrement) Dernière Cène. – F. XCII v° (Lc 16) Le Mauvais riche et le pauvre Lazare. – F. XCVI v° (Lc 5) Pêche miraculeuse au lac Génésareth. – F. XCVIII (Mc 8) Multiplication des pains. – F. CV v° (Lc 17) Dix lépreux venant à la rencontre de Jésus. – F. CVII v° (Lc 7) Résurrection du fils de Naïn, porté sur une civière.– F. CXXIIII v° (pleine page) : Crucifixion. Le Christ en croix et les deux grandes figures de la Vierge et de saint Jean sont placés sous une large arcade qui repose sur des pilastres richement ornés. L’arcade porte l’inscription latine ABSIT MICHI GLORIARI NISI IN CRUCE DNI NRI IESU CHRISTI (« Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ », une phrase tirée l’épître de saint Paul aux Galates, 6, 14). En bas de l’image, une croix dans un médaillon (à la manière d’une croix de consécration). F. [CXXV] (pleine page) : Dieu en majesté, assis sur un trône, entouré des symboles des évangélistes. Il bénit et tient le globe terrestre. CXXVI (Te igitur) Christ en croix entre la Vierge et saint Jean. La croix forme le T du « Te igitur ».

Sanctoral (nouvelle foliotation):
F. I Martyre de saint André. – F. II v° Image de l’Immaculée Conception. La Vierge entourée des symboles (ou Vierge aux litanies). – F. III Arbre de Jessé. – F. X v° Présentation de Jésus au temple. – F. XIV v° Annonciation. – F. XV v° Saint Marc, évangéliste. – F. XVIII Saint Nicolas. – F. XX v° Saint Étienne tenant la palme du martyre et des pierres. – F. XII Saint Jean-Baptiste. – F. XXVI Visitation. – F. XVII v° Marie Madeleine tenant le vase à onguent. – F. XXIX Saint Jacques. – F. XXIX v° Sainte Anne apprenant à lire à la Vierge. – F. XXXII Lapidation de saint Étienne. – F. XIII v° Transfiguration. – F. XXXIIII v° Saint Laurent avec son attribut le gril et un livre ouvert. – F. XXXVI v° (Fête de l’Assomption) Couronnement de la Vierge. – F. XXXIX Saint Louis. – F. XL Décollation de saint Jean-Baptiste. – F. XLI v° (Fête de la nativité de la Vierge) Arbre de Jessé. – F. XLV v° Saint Matthieu, évangéliste, avec son symbole l’ange. – F. XLVII Saint Michel terrassant le démon. – F. XLIX Saint Denis. – F. L Saint Luc peignant la Vierge. – F. LII v° (Commun des saints) Le Christ et de nombreux saints, saintes, martyrs (sur deux registres). – F. LVv° Sainte Catherine.

Commun des saints (nouvelle foliotation):
F. I Assemblées de saints, saintes, martyrs, etc., représentés sous des arcades et sur deux registres – F. I v° Saint-Denis. – F. VIII v° (Commune virginum) Présentation d’un calice surmonté de l’hostie. – F. X v° Saint Michel terrassant le démon. – F. X v° Pentecôte. – F. XI v° Crucifixion. Le Christ entre les larrons ; le groupe de la Vierge fait pendant à celui des cavaliers. – F. XII Annonciation. – F. XIII Annonciation. – F. XVIII v° (Missa pro defunctis) Les trois morts près d’une croix de cimetière. – F. XXV Schéma de la Trinité : figure tricéphale et symboles des évangélistes. – F. XXVIII Le Christ présentant ses cinq plaies et blessures, entouré des instruments de la passion. – F. XXVIII v° L’Enfant Jésus, assis, tenant le globe terrestre.

Choix des gravures:
L’iconographie de ce missel est particulièrement riche. Elle comprend un grand nombre de scènes bibliques du Nouveau testament et d’images hagiographiques. Seules quelques gravures sont répétées, notamment celles de petit format : p.ex. la Nativité en début de volume est reproduite deux fois (aux ff. VII et VIII) ; les différentes images du Christ parlant aux juifs, aux pharisiens ou aux disciples sont représentées jusqu’à trois fois.
Parmi les images plus grandes, celle de l’Annonciation est reprise au feuillet XIV v° du sanctoral et, en fin de volume, au f. XII ; celle de la Pentecôte deux fois aussi (ff. LXXXV et X v°), celle de l’assemblée des saints deux fois également (LII v° et I), de même que l’image de saint Michel qui figure au f. XLVII et quelques feuillets plus loin (f. X v°).
Toutefois, même si l’image se répète, elle n’est jamais une simple copie car la mise en couleurs est différente et le résultat obtenu varie d’une image à l’autre. Le ou les peintres individualisent chaque illustration en changeant l’expression des visages, les effets des drapés, le décor du paysage, les ornements, les coloris.

Origine des gravures:
L’imprimerie a largement contribué à la diffusion des gravures, notamment à partir du dernier quart du XVe siècle. Nombreux sont les bois qui ont servi durant plusieurs décennies. Dans les éditions du XVIe siècle, les éditeurs continuent à utiliser des bois plus anciens. Par conséquent, les styles sont mélangés; certaines gravures présentant un caractère plus archaïque que d’autres.
Le bois représentant la Célébration de la messe au début de l’ouvrage remonte à la fin du XVe siècle. On le trouve dans un missel à l’usage de Verdun, imprimé par Jean Du Pré, en 1481 (Renouard, 1964, p. 23). Ce même imprimeur-libraire l’utilise également dans le missel à l’usage de Châlons, imprimé à Paris en 1489 (Paris, BNF, Rés. des livres rares, Vélins 157 ; voir plus loin). Dans l’exemplaire de 1543, non enluminé (BNF, Rés. des livres rares, Vélins 159), la page imprimée comporte dans le décor de la partie inférieure la devise « Fortuna opes auferre, non animum potest » qui est celle de l’imprimeur libraire Nicolas Prévost (1499- 1532). Il faut noter que dans cet exemplaire les gravures de moyen format sont accompagnées d’initiales historiées qui présentent une iconographie en rapport avec la gravure qui les surmonte. À titre d’exemple, on peut mentionner la scène des Trois morts (f. XVIII v°) sous laquelle se trouve l’initiale historiée (R de Requiem) qui montre un squelette transperçant de son dard le corps d’une femme. Ces initiales historiées ont été abandonnées dans les exemplaires enluminés au profit des initiales ornées sur fond doré. Cette même gravure de la Célébration de la messe se trouve dans d’autres missels destinés à d’autres usages liturgiques (p. ex. Rouen : missel imprimé en 1534 par Jean Petit et Yolande Bonhomme).
Certaines gravures ont été utilisées par Thielmann Kerver dans de nombreux livres d’heures imprimés dans les années 1500-1510. On peut citer plusieurs scènes à titre d’exemple : l’Arbre de Jessé, une très belle composition gravée par le Maître des Très Petites Heures d’Anne de Bretagne (appelé aussi Maître de la rose de l’apocalypse de la Sainte-Chapelle) ; la Vierge aux litanies, reproduite maintes fois, de même que le Christ debout entouré des instruments de la passion, la Trinité ou encore les Trois morts. Ces nombreux bois étaient restés dans l’atelier et pouvaient être employés dans de nouvelles éditions publiées par d’autres imprimeurs, notamment la veuve de Kerver, Yolande Bonhomme.
Les deux somptueuses images de la Crucifixion et de Dieu le Père en majesté qui forment une magnifique double page au Canon sont signées par un monogramme en forme de croix à double traverse (croix de Lorraine), placé au pied de saint Jean de la Crucifixion et sur la partie gauche du soubassement de Dieu le Père. Même si cette iconographie est courante pour le Canon, il semble que ces deux compositions aient été conçues spécialement pour cet exemplaire destiné au cardinal de Lenoncourt. Ces deux gravures figurent également au Canon d’un missel à l’usage de Paris, publié par Jean Amazeur en 1547 (Paris, BNF, Rés. B- 847 et Arsenal Fol-T-710 ; Renouard, 1964, p. 22-23, n° 21). Signalons que la gravure de la Crucifixion se trouve collée sur une page d’un graduel parisien fait pour le couvent des Célestins à Paris en 1549 (Paris, Bibl. Mazarine, ms. 391, f. 65 v).

Style:
Ce missel imprimé en 1543 évoque encore la production de manuscrits des décennies précédentes. L’encadrement orné du premier feuillet et les initiales ornées peints à la main à la manière des manuscrits précieux en sont la preuve. La mise en couleurs des gravures et le décor des centaines d’initiales relève du savoir-faire d’enlumineurs. D’autres indices – comme la réglure tracée à l’encre et le support même en parchemin – font référence à la tradition des livres manuscrits. Les gravures enluminées font toute la richesse de ce missel imprimé. Au vu de leur nombre et des différences stylistiques, il apparaît que plusieurs artistes aient travaillé à la mise en couleurs. Le frontispice avec la lapidation de saint Étienne, reprenant la même scène qui figure à l’intérieur du volume, est d’une main différente que la double page du Canon. Les illustrations de format moyen sont encore d’une autre facture stylistique, mais toujours très soignées. Les petites illustrations sont peintes d’une façon plus rapide. Les couleurs sont posées de façon couvrante. Les dessins gravés et les hachures caractéristiques pour indiquer le relief ont guidé le pinceau des peintres. À certains endroits on devine ou on voit le dessin gravé sous-jacent (voir par exemple l’image légèrement frottée au f. XLVIII v°). Souvent le peintre recouvre le dessin gravé d’une vraie couche de peinture opaque qui fait vivre son propre style, notamment pour les visages et les drapés. Les visages présentent des zones d’ombre et de lumière ; des touches claires accentuent le relief. Les traits sont renforcés par des coups de pinceau noir ; les lèvres rehaussées de rouge, les mèches de cheveux sont également marquées par des touches claires. Les creux des drapés sont ombrés, les plis sont éclaircis. Les contours sont souvent marqués par des traits bien noirs. La palette chromatique est très variée et les teintes sont vives : un bleu intense, un rouge vif, un vert soutenu ; s’y ajoutent des tons orangés, rosés, bruns. Le blanc est largement utilisé pour les rehauts (traits du visage, chevelure). La double page présentant la Crucifixion et Dieu le Père est incontestablement la meilleure réalisation du volume. L’enlumineur reste très proche de l’image gravée ce qui laisse supposer une collaboration étroite entre lui et le graveur ou bien penser qu’il s’agit de la même personne. Il déploie tout son savoir-faire pour ces pleines pages en créant par la couleur des compositions extrêmement harmonieuses entourées de cadres dorés aux ornements variés. Les couleurs sont parfaitement équilibrées et les nuances ajustées. Les visages prennent des expressions variées : le regard doux de Dieu le Père, les visages tristes de la Vierge et de saint Jean levant le regard vers le Crucifié qui a les yeux clos, le visage pâle et le corps marqué par les blessures saignantes. Le paysage et les architectures de l’arrière-plan donnent de la profondeur à l’image dominée par la croix. Les nombreuses initiales ornées sur fond doré ou sur fond de couleur sont d’une très grande variété et d’une extrême finesse. Sur un seul feuillet (f. VIII du sanctoral), on les voit à l’état gravé, sans couleurs. Ce type de gravure, criblée, est très raffiné. Les peintures ont certainement été réalisées à Paris où foisonnent les ateliers de peintres- enlumineurs. Beaucoup d’œuvres sont anonymes comme le missel de Robert II de Lenoncourt et il est souvent difficile d’attribuer une œuvre précise à un artiste attesté par un document d’archives. Des dizaines de noms apparaissent dans les documents (devis, marchés, etc.), très nombreux pour les premières décennies du XVIe siècle, et confirment l’intense activité à Paris autour du métier du livre. Enluminer les livres imprimés était une pratique très courante sous le règne de François Ier. Le travail d’atelier et la polyvalence des artistes sont attestés. Graveurs, imprimeurs, libraires, relieurs, enlumineurs collaboraient au sein des ateliers. Dès la fin du XVe siècle apparaissent des peintres prolifiques comme le Maître des Très petites heures d’Anne de Bretagne, très actif autour des années 1490-1500, ou le Maître des Entrées parisiennes travaillant jusqu’aux années 1520. D’autres artistes sont bien documentés, comme Jean Pichore, enlumineur et imprimeur ; Noël Bellemare, peintre et enlumineur ; Étienne Colaud, peintre-enlumineur et libraire dans les années 1520-1540, récemment étudié (Cousseau, 2016). Une autre personnalité importante, travaillant pour des commanditaires hhe haute rang, fut le Maître de François de Rohan, actif entre la fin des années 1520 à 1546. Gauthier de Campes, actif entre les années 1510 jusqu’à sa mort en 1541, est l’un des peintres les plus féconds à Paris. Signalons que la facture de ce dernier se retrouve dans le portrait tissé de Robert Ier de Lenoncourt († 1532), archevêque de Reims et oncle de Robert II (suite de tapisseries de la Vie de saint Remi offerte en 1531 à la basilique Saint-Remi de Reims ; Reims, musée Saint-Remi ; Leproux, 2001, p. 41 et passim). L’influence et la renommée des artistes parisiens se trouvent ainsi confirmées dans de nombreuses œuvres. Le vocabulaire ornemental employé par ces artistes parisiens se retrouve largement dans le missel imprimé par Yolande Bonhomme. L’iconographie trouve aussi des ancrages dans de prestigieux livres de l’époque : une semblable composition de Dieu le Père avec les quatre évangélistes est présentée par exemple sur une pleine page du missel de François I de Dinteville, peint par Étienne Colaud (BNF, ms. lat. 9446, f. 70). Certaines gravures sont des œuvres plus anciennes réemployées. La pratique de mise en couleur des éditions imprimées et gravées s’est maintenue à Paris pendant des décennies. Parmi les plus beaux exemples, citons le missel imprimé par Jacques Kerver en 1583 et commandité par René de Lucinge, seigneur des Alymes (BNF, Rothschild 2528). Ce dernier fit appel à Guillaume Richardière, enlumineur parisien de grande renommée, qui avec l’aide de deux compagnons mit en couleur les quelque 7 gravures à pleine page, 252 petites gravures et près de 600 initiales. Ce travail de 5 mois coûta la somme considérable de 140 écus d’or (Avril, 2016, p. 236). On peut donc imaginer que le Missel pour Robert de Lenoncourt dont le nombre d’illustrations à peindre fut également important (rappelons leur nombre 3 pleines pages, 150 moyennes et petites gravures et plus de 300 initiales) eut aussi un prix conséquent et nécessita plusieurs mois de travail. Plusieurs artistes ont également participé à l’enluminure de cet ouvrage et leur travail était bien plus qu’un simple coloriage.


AUTRES EXEMPLAIRES conservés dans des bibliothèques publiques

Éditions du missel à l’usage de Châlons:
Il exista une édition antérieure à celle de 1543. Un Missale Cathalaunense fut imprimé sur vélin à Paris par l’imprimeur-libraire Jean Du Pré en 1489 (Paris, BNF, Réserve des livres rares, Vélins-157). Cet exemplaire in fol., comportant 208 feuillets, est illustré de 22 images gravées et peintes.
L’édition de 1543 fut donc largement augmentée d’illustrations. Cinq autres exemplaires imprimés de cette édition de 1543 ont pu être repérés. Seuls deux ont des gravures enluminées. Grâce à la mise en couleurs des gravures et au riche décor enluminé, chaque exemplaire est unique et individualisé.

1. Châlons-en-Champagne, bibliothèque municipale, Rés. A 107. Parchemin.
Gravures enluminées.
La page frontispice porte le titre suivi de la date 1544.
Feuillet 1 manquant, remplacé par un feuillet manuscrit de 1783. Provenance : indication manuscrite « N 17 A Monseigneur ». Bibliographie : Martimort, 1978, p. 87 (n° 84).

2. Châlons-en-Champagne, bibliothèque municipale, Rés. A 108.
Papier.
Gravures non enluminées.
Frontispice avec la scène lapidation de saint Étienne surmontée de la dédicace à Robert de Lenoncourt.
Lacune f. 315-316 (double page avec la Crucifixion et Dieu en majesté).
Provenance : Cosme Clause, évêque de Châlons (1575-1624 ; ex-libris manuscrit) ; Grand- Séminaire de Châlons (?).
Bibliographie : Martimort, 1978, p. 87 (n° 84).

3. Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares, Vélins-158. Parchemin.
Frontispice manquant.
Gravures enluminées.

Provenances:

-  Paul Girardot de Préfond (ca. 1722-1765 ; ex-libris et armoiries sur la garde collée ; vente Paris 1757),

-  Justin Mac-Carthy Reagh (1744-1811),

-  Bibliothèque royale (estampille).
Bibliographie : De Bure, 1815, p. 51 (n° 318) ; Van Praet, I, 1822, p. 143 (n° 192) ; Weale, 1886, p. 51.

4. Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares, Vélins-159.
Seuls deux feuillets en parchemin (ff. CXXIIII et [CXXV]), le reste en papier.
Gravures non enluminées.
Frontispice avec la lapidation de saint Étienne surmonté de la dédicace à Robert de Lenoncourt (page identique à l’exemplaire de Châlons, Rés. A 108).

Provenances:

-  legs de François Clausse de Marchaumont (mort en 1641) au monastère des Anges-

gardiens à Paris (étiquette sur la garde collée, inscription sous la gravure du

frontispice)

-  couvent des Bernardins de Paris – 1763 (inscription sous la gravure du frontispice).

-  Bibliothèque impériale (estampille).

Bibliographie: Van Praet, I, 1822, p. 144 (n° 193).

5. Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares, Vélins-783.
Seuls 2 feuillets en parchemin (ff. CXXIIII et [CXXV]), le reste en papier.
Gravures non enluminées.
Frontispice avec la scène de la lapidation de saint Étienne surmontée de la dédicace à Robert de Lenoncourt (page identique à l’exemplaire de Châlons, Rés. A 108) et inscription « Nicolaus deu me gabet ».

Bibliographie : Brun, 1969, p. 242 ; Martimort, 1978, p. 87 (n° 84).


Ce missel à l’usage du diocèse de Châlons-en-Champagne est un précieux ouvrage enluminé issu de l’imprimerie parisienne en 1543. Il conjugue subtilement la tradition du livre manuscrit et l’essor des éditions imprimées. Réalisé à l’initiative de Nicolas Lanisson pour le prestigieux cardinal Robert de Lenoncourt, il présente des illustrations gravées enrichies de couleurs, dues à des enlumineurs parisiens de talent. Ils ont peint les cent cinquante illustrations dont trois somptueuses pleines pages, et plus de 300 initiales ornées. Cette œuvre très soignée offre un réel témoignage d’un travail de collaboration entre les graveurs, les peintres et les libraires éditeurs. Le missel intégra la collection du célèbre bibliophile Ambroise Firmin-Didot qui lui donna sa superbe reliure de Lortic. Rares sont les exemplaires connus de cette édition et l’ouvrage présenté ici est le mieux conservé.


Ilona Hans-Collas

Ilona Hans-Collas est docteur en histoire de l’art (université Marc Bloch, Strasbourg). Elle a mené des recherches à la Bibliothèque nationale de France (Paris) et à l’Institut royal du Patrimoine artistique (Bruxelles).
Elle est spécialiste de la peinture murale de la fin du Moyen-Âge et est présidente du Groupe de Recherches sur la Peinture Murale (GRPM).
Elle est co-auteur du catalogue raisonné des manuscrits enluminés dans les anciens Pays-Bas méridionaux conservés à la BnF et a été co-commissaire de l’exposition Miniatures flamandes 1404-1482 (BnF, 2012).
Récemment, elle a été co-commissaire de l’exposition Le Livre et la Mort, XIVe-XVIIIe siècle, présentée à Paris, à la Bibliothèque Mazarine et la Bibliothèque Sainte-Geneviève, de mars à juin 2019.
Elle est présidente de l’association Danses macabres d’Europe (DME), membre correspondant de l’Académie nationale des sciences, arts et lettres de Metz et membre correspondant de l’Académie royale d’archéologie de Belgique.
Ses nombreuses publications portent sur le livre ancien et la peinture murale avec un intérêt tout particulier pour le Moyen-Âge et la Renaissance ainsi que pour l’iconographie religieuse et profane.

Nous tenons à la remercier d'avoir prêté ici sa plume pour cet article.


BIBLIOGRAPHIE

Catalogues de vente:

Catalogue des livres précieux manuscrits et imprimés faisant partie de la bibliothèque de M. Ambroise Firmin-Didot de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Théologie, jurisprudence, sciences, arts, beaux-arts. Précédé d’un essai sur la gravure dans les livres par M. Georges Duplessis. Vente à l’hôtel des commissaires-priseurs, rue Drouot, n° 9 ; salle n° 3, du lundi 26 au samedi 31 Mai 1879, Paris : Labitte, 1879, p. 117-118 (n° 73). [consultable à la BNF, site Tolbiac : cote Delta 31633 (catalogue annoté) et Usuels de la Réserve des livres rares, cote Collect I/Firm]

Livres anciens et romantiques provenant de l’ancienne collection Hachette. Autographes, vente à Paris, hôtel Drouot, salle 8, 20 décembre 2001, n° 173.

Publications:

Adam Pilinski et ses travaux: gravures, dessins, lithographies et reproductions en fac-similé, par un bibliophile, Paris : Labitte, 1890 :
[sur Gallica]

AVRIL François, « Les manuscrits enluminés de la collection de James Édouard, Thérèse et Henri de Rothschild », in Pauline Prevost-Macilhacy (dir.), Les Rothschild, une dynastie de mécènes en France, t. III, 1935-2016, Paris : Louvre, BNF, Somogy, 2016, p. 228-241.

BERALDI Henri, La reliure du XIXe siècle, t. 3, Paris : Conquet, 1896, notamment p. 83-84 (n° 121 et 122).
[reproductions en noir et blanc de la reliure de Lortic (plat supérieur et doublure) du Missel de la collection Didot]

BOUDOT Pierre-Jean, SALLIER Claude, Catalogue des livres imprimez de la bibliothèque du Roy, t. I, Théologie, Paris : Imprimerie royale, 1739, p. 243 (n° 613).

BRUN Robert, Le livre français illustré de la Renaissance. Étude suivie du catalogue des principaux livres à figures du XVIe siècle, Paris : Picard, 1969.

COUSSEAU Marie-Blanche, Étienne Colaud et l’enluminure parisienne sous le règne de François Ier, Tours : Presses universitaires François-Rabelais et Rennes : Presses universitaires, 2016.

DE BURE, Bibliographie instructive ou traité de la connoissance des livres rares et singuliers. Contenant un catalogue raisonné de la plus grande partie de ces livres précieux, qui ont paru successivement dans la République des lettres, depuis l'invention de l'imprimerie. Volume de théologie, Paris : De Bure, 1763, p. 197 (n° 218).

DESCHAMPS P., BRUNET G., Manuel du libraire et de l’amateur de livres. Supplément, t. I, A-M, Paris : Firmin-Didot, 1878, col. 1038 et t. II, N-Z, Paris : Firmin-Didot, 1880, col. 1063.

LEPROUX Guy-Michel, La peinture à Paris sous le règne de François Ier, Paris : Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2001 (Corpus Vitrearum, Études IV)

MARTIMORT Aimé-Georges, La documentation liturgique de Dom Edmond Martène. Étude codicologique, Città del Vaticano : Biblioteca Apostolica Vaticana, 1978, p. 87, 288, 295

MARTIN Gabriel, Catalogue des livres de feu M. l’abbé d’Orléans de Rothelin, Paris : G. Martin, 1746, p. 25 (n° 243).
[sur Gallica NUMM-6531139 ; https://archive.org/details/cataloguedeslivr00mart ; catalogue annoté]

OSMONT J.B.L., Dictionnaire typographique, historique et critique des livres rares, singuliers, estimés et recherchés en tous genres, t. I, Paris : Lacombe, 1768, p. 477.

RENOUARD Philippe, Imprimeurs et libraires parisiens du XVIe siècle, t. I, Abade-Avril, Paris, 1964, notamment p. 22-23 (n° 31).

[TECHENER Léon], « Du prix courant des livres anciens. Revue des ventes. La bibliothèque de M. Ambroise Firmin Didot », Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, 1879, p. 325- 326, 335 (n° 73).
[revue numérisée, sur BNF Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5529781d]

VAN PRAET Joseph, Catalogue des livres imprimés sur vélin de la bibliothèque du roi, t. I, Théologie, Paris : De Bure frères, 1822.

Sites internet:

Provenances:
- Firmin-Didot : http://data.bnf.fr/12115435/ambroise_firmin-didot/
- Rothelin : http://data.bnf.fr/10702776/charles_d_orleans_de_rothelin/ Reliure : http://data.bnf.fr/15836327/pierre-marcelin_lortic/