Jakob RUFF. Hebammen Buch

LE PREMIER MANUEL D’INSTRUCTION À L’USAGE DES SAGES-FEMMES

Hebammen Buch. Daraus man alle Heimligkeit deß Weiblichen Geschlechts erlehrnen, welcherley gestalt der Mensch in Mutter Leib empfangen, zunimpt und geboren wirdt, Auch wie man allerley Kranckheit, die sich leichtlich mit den Kindtbetterin zutragen / mit köstlicher Artzenzey vorkommen und helffen könne. Alles auß eygentlicher Erfahrung deß weitberühmpten Jacob Ruffen, Stattartzts zu Zürich, vor dieser zeit an Tag geben.
Jetz und aber von newem gebessert, mit schönen Figurn geziert: Sampt einem nützlichen Anhang, von Cur und Pflegung der newgebornen Kindtlein.

Gedruckt zu Franckfort am Mayn. M. D. LXXX.


Traduction du titre

« Livre pour les sages-femmes. Pour connaître tous les secrets du sexe féminin, quelle forme reçoit l’être humain dans le corps de la mère, grandit et va naître. Aussi comment on peut soigner toute sorte de maladie qui affecte facilement l’accouchée, avec de la bonne médicine. Le tout d’après l’expérience personnelle du bien célèbre Jacob Ruffen, médecin de la ville de Zurich, avant ce temps. Maintenant à nouveau corrigé, orné de belles figures. Comprenant un utile annexe, qui traite de la cure et des soins des nouveau-nés ».


Livre en allemand destiné aux sages-femmes, écrit par Jakob Ruf, chirurgien suisse. Il s’agit de l’un des premiers traités de gynécologie, d’obstétrique et de pédiatrie. Dans son édition originale et rare de 1580, imprimé à Francfort-sur-le-Main. Très bel exemplaire illustré de 74 gravures sur bois.


GARRISON & MORTON, Morton's Medical Bibliography, p. 88, coll. 463 (pour l'édition de 1554) : ' This is an improved version of Rösslin's der swangern frawen… Its importance to the embryologist lies in Rueff's illustrations, which show contempory ideas about mammalian embryology. A Latin translation was issued simultaneously by the same publisher ‘.


Sous la plume de l'historienne de l'art Ilona Hans-Collas.

L'ÉDITION ORIGINALE TRÈS RARE DU HEBAMMEN BUCH

Analyse du corpus.

Papier, petit in-4° carré : [8], 259, [5] pages.

Détail : garde collée, 4 feuillets de garde (les deux premiers modernes, les deux suivants d’origine) + 4 feuillets (frontispice et prologue) + 259 pages + 2 feuillets (non paginés comprenant la table de matières et l’index) + 2 feuillets de garde (récents) + garde collée. 189 x 150 mm, justification 150 x 113 mm, 32 longues lignes (25 pour le prologue). Cahiers de 4 feuillets. Foliotation en lettres (en bas des feuillets recto : A, A ii, etc.) et en chiffres arabes (en haut de chaque page). Quelques erreurs dans la numérotation des pages : 139 (erronément paginée 239), 142 (242), 153 (513), 199 (219), 244 (248), 258-259 (248-249). En fin de volume est collé un extrait de catalogue du libraire parisien Nourry présentant l’édition latine de 1580 (n° 489) avec une reproduction d’une gravure.


Reliure : 195 x 160 x 25 mm. Parchemin blanc (dos) et papier (plats). Cette couverture en papier est un réemploi d’un fragment d’un feuillet provenant de la Chronique de Nuremberg de Hartmann Schedel (Cronica Cronicarum ab Initio Mundi), imprimé par Anton Koberger à Nuremberg en 1493 : plat supérieur « Sexta etas mundi », fragment du feuillet CXI avec Suétone et Plutarque (coupé), plat inférieur du même feuillet avec Hégésippe, Dion et Basilide.

Au dos, titre Hebammen=Buch 1580 (en haut), F.J.H (en bas) et trois roses entre les nerfs (texte et décor en noir).


État de conservation : Exemplaire complet.

Quelques feuillets avec des petites déchirures ou taches. Des trous de vers affectent quelques feuillets mais sans impacter le texte ou les feuillets illustrés.


Provenance :

Ex-libris gravé de Fernand HEITZ (119 x 94 mm/108 x 83 image seule). Papier, collé sur le contre-plat supérieur. Signé en bas à gauche : HANSI, IMAGIER Héraldiste à COLMAR. Il s’agit de l’artiste alsacien Jean-Jacques WALTZ (1873-1951), connu sous le nom de HANSI. L’image montre un village dominé par l’église, au pied de collines. À l’avant-plan une girouette, avec des motifs héraldiques et la date 1935.

Sous l’ex-libris : une note manuscrite se prolongeant sur la feuille de garde en regard :

et puis offert à mon homonyme le Professeur Fernand Heitz, père de famille nombreuse, pour lui permettre, lors des prochains accouchements à ma toute charmante cousine, de se passer de sage-femme. Cordiales amitiés aux deux. Signature et date : XII 1962.

Écriture le long de la pliure : voir pages 103 et suivantes : les naissances « liégeoises ». Sur l’un des feuillets de garde du début (premier feuillet ancien), en haut à droite, figure le numéro 2502, écrit au crayon.


Contenu :

L’ouvrage figure parmi les premiers livres édités au XVIe siècle par des médecins qui procurent des conseils et recommandations pratiques aux sages-femmes, aux femmes enceintes, aux mères et aux femmes de manière générale. Il est divisé en livres et en chapitres. Le numéro du livre (p. ex. Das erste Buch) figure comme titre courant en haut des pages verso et le titre du livre sur la page recto. Réclames en bas de chaque page.

Texte dans une écriture gothique allemande, appelée Fraktur. Caractères rouges et noirs, de taille variable. Les plus grands, au début du titre de l’ouvrage en rouge sur deux lignes. Seule cette page de titre comprend des caractères rouges.
Certains passages sont en latin (notamment les noms des remèdes et des plantes : p. 99 et ss., p. 130 et ss., p. 158 et ss., etc.).
La majeure partie des textes est en prose, écrite de manière claire, précise et facile à comprendre. En fin de volume, texte en vers rimés, p. 245 à 249.

P. [1] Titre. [2] blanc.

P. [3-7] Vorrede : prologue avec dédicace de Sigmund Feyerabend.

P. [8] Genes. am 3. Capitel.

P. 1-26 : Das erst Buch dises Trostbüchleins, den Hebammen und Schwangern Frauwen dienslich, wirdt lehren und sagen von den Weib und Manns Samen, auch von derselben Empfengniß und Geburt in gemein (« Premier livre de cet opuscule de réconfort, utile aux sages-femmes et aux femmes enceintes, traitera de la femme et du sperme de l’homme, aussi de la conception et de la naissance en général »). Six chapitres.

P. 27-48 : Das ander Buch, sagt von warer Erklärung aller sondern unnd gemeiner Glieder eines jeden Weibs (« L’autre livre qui explique tous les membres spécifiques et courants de chaque femme »). Six chapitres.

P. 49-73 : Das dritte Buch, wirt eygentlich und klar alle Handwirckung, auch das Ampt der Hebammen lehren (« Le troisième livre apprendra de manière claire tout métier, et aussi la fonction des sages-femmes »). Six chapitres.

P. 74-92 : Das vierdte Buch, wirdt sonderlich und eygentlich anzeigen und lehren die ungleichen, sorglichen und mancherley Zufäll der Mißgeburten (« Le quatrième livre, montrera et traitera de cas divers de malformations »). Quinze chapitres.

P. 93-152 : Das fünffte Buch, wirdt lehren und sagen wie Mola, das ist die Mißgewächß und falschen empfengnissen erkennet (« Le cinquième livre apprendra et dira comment reconnaître les Mola, qui est une malformation et les fausses conceptions »). Six chapitres.

À la fin de ce livre (p. 151-152) un texte Ein Histori von einem Wechselkint, in Tischreden D. M. Luth. (« Une histoire d’un petit monstre contée par Martin Luther » ; il s’agit d’un récit légendaire de parents qui avaient un enfant muet).

P. 153-212 : Das sechste Buch, wirdt die Unfruchtbarkeit deß Manns und Weibs anzeigen (« Le sixième livre montrera l’infertilité de l’homme et de la femme »). Dix chapitres.

P. 213-244 : Das ander Theil dieses Hebammen Büchleins, sagt wie man das Newgeborne Kindtlein handlen, verhüten und fein pflegen sol (« L’autre partie de ce petit livre pour les sages-femmes qui dit comment s’occuper des nouveau-nés, les garder et soigner ». 36 chapitres.

P. 245-259 : Von Wartung der Neuwgebornen Kinder. Ein Underweisung wie sich die Schwangern Frauwen halten sollen. In Reimen verfaßt (« Du traitement des nouveau-nés. Des conseils pour les femmes enceintes. Écrit en vers »).

Après la p. 259 (erronément paginée 249), 5 pages : Register und Inhalt deß Hebammenbuchs, nach ordnung der Capitel (« Index et table de matières du livre pour les sages-femmes, dans l’ordre des chapitres ».


Frontispice, prologue et colophon :

1. Feuillet frontispice comprenant le titre en allemand, imprimé en noir et en rouge.

Hiérarchie des titres : le titre principal en haut de la page « Hebammen Buch » est en noir et plutôt en petits caractères. Suivent deux lignes en rouge, dans des caractères beaucoup plus grands : le premier mot « Daraus » présente une belle initiale cadelée (D) dont les ornements se poursuivent au-dessus, sur toute la longueur de la ligne. Suite du titre sur plusieurs lignes, de tailles différentes et en noir.

Une ligne, en rouge, précise qu’il s’agit d’une nouvelle édition corrigée avec de belles figures. Une autre ligne en rouge, sous la gravure, indique le lieu et la date d’impression.

Traduction du titre :

« Livre pour les sages-femmes. Pour connaître tous les secrets du sexe féminin, quelle forme reçoit l’être humain dans le corps de la mère, grandit et va naître. Aussi comment on peut soigner toute sorte de maladie qui affecte facilement l’accouchée, avec de la bonne médicine. Le tout d’après l’expérience personnelle du bien célèbre Jacob Ruffen, médecin de la ville de Zurich, avant ce temps. Maintenant à nouveau corrigé, orné de belles figures. Comprenant un utile annexe, qui traite de la cure et des soins des nouveau-nés ».

2. Vorrede : prologue comprenant la dédicace de Sigmund Feyerabendt (libraire imprimeur), cousin de la dédicataire :

Der Ehrnreichen und Erbarn Frauwen Anna, deß Ehrnhafften und Wolgelehrten Herrn Nicolai Künle, Pfaltzgräffischem Schaffner zu Klingenmünster, Ehelichen Haußfrauwen, Meiner freundtlichen lieben Basen.

[…] Geben in Franckfurt am Mayn, den zwölfften Tag Martii, im Jar, nach Christi Geburt, fünffzehen hundert und achtzig.

Vetter Sigmund Feyerabendt, Buchhändler.

Traduction de la dédicace :

« À l’honorable et honnête dame Anna, épouse de l’honorable et savant Nicolai Künle, contrôleur palatin à Klingenmünster*. À mon aimable et chère cousine ».

La dédicace se termine par le lieu et la date :

[…] « Donné à Francfort-sur-le-Main, le douzième jour de mars, l’an 1580 après Jésus-Christ.

Cousin Sigmund Feyerabendt, libraire ».

[* Klingenmünster : commune allemande, Rhénanie-Palatinat]


À propos de l’auteur : Jakob Ruff, 1505 ?-1558.

L’orthographe du nom de l’auteur peut varier : Rüff, Rueff, Ruoff, Ruffen ; Iacobi Rueffi sous sa forme latine.

La date de naissance de Jakob Ruf est située vers 1505, à Constance. Il meurt le 20 février 1558 à Zurich, ville où il vivait depuis 1532.

Jusqu’à environ 1525, il était au couvent de Choir. À partir de 1532 il est chirurgien de la ville (Stadtchirurg) de Zurich et de 1552 à 1554 médecin de la ville (Stadtarzt).

Médecin réputé et auteur d’œuvres en latin et en allemand. Il écrit des traités de médicine mais aussi des pièces de théâtre (mystère de la Passion du Christ, Adam et Ève, Guillaume Tell, etc.).

En 1554, Jakob Ruf, publie un premier ouvrage consacré à l’obstétrique et la gynécologie dans un but de remédier à l’incompétence des sages-femmes et s’adressant aux femmes pour leur procurer aide et soutien. D’où le titre choisi : Ein schön lustig Trostbüchle von den Empfengknussen und Geburten der Menschen unnd iren vilfaltigen Zuofälen und Verhindernussen, mit vil unnd mancherley bewärter Stucken und Artznyen, ouch schönen Figuren darzuo dienstlich, zuo Trost allen gebärenden Frouwen und eigentlichem Bericht der Hebammen erst nüwlich zuosamen geläsen durch Jacob Rüff, Burger und Steinschnyder der loblichen Statt Zürych.

Cet ouvrage est écrit et publié à Zurich et sort des presses de Christoffel Froschouer. L’auteur l’adresse dans sa dédicace au bourgmestre de Zurich, Johannes Haab, indiquant sa fonction qui lui a été confiée d’instruire les sages-femmes de la ville. Sa motivation est aussi médicale que chrétienne. Jost Amman y intervient pour les planches gravées : scène après un accouchement, scène d’accouchement, images des organes, du fœtus, etc.

[Voir par exemple l’exemplaire numérise : Munich, Bayerische Staatsbibliothek,

urn:nbn:de:bvb:12-bsb00024324-2].

L’ouvrage sera réédité, notamment en 1569.

Une traduction latine est publiée la même année que l’édition originale, en 1554, chez le même éditeur, sous le titre De conceptu et generatione hominis et iis quae circa hec potissimum consyderantur, libri sex, congesti opera Iacobi Rueff, Chirurgi Tigurini, insertae quoque sunt picturae.


Une nouvelle édition en allemand de 1580 : un nouveau titre, de nouvelles gravures et un nouveau lieu d’édition

Le succès de l’ouvrage incite sans doute l’éditeur réputé de Francfort-sur-le-Main, Sigmund Feyerabend, de rééditer l’ouvrage en 1580. Textes et gravures du Trostbüchlein seront repris dans cette nouvelle édition, publiée à titre posthume, vingt-deux ans après la mort de l’auteur Jakob Ruf. Elle prend le titre explicite de Hebammenbuch, le livre des (ou pour les) sages-femmes.

Le nouvel éditeur formule la dédicace de manière personnelle, à sa cousine Anna.

L’illustration de cette nouvelle édition est également confiée à Jost Amman qui retravaille les gravures tout en gardant les mêmes sujets. La planche d’Adam Ève est ajoutée à cette nouvelle édition.

La même année, 1580, chez le même éditeur, est réédité aussi l’ouvrage en latin, sans doute davantage destiné aux instruits, au corps médical, toujours sous le titre De conceptu et generatione hominis et iis quae circa haec potissimum consyderantur libri sex / congesti opera Iacobi Rueff, Chirurgi Tigurini. Insertae quoque sunt picturae variae foetus, primum in utero siti, deinde in partu, mox etiam matricis & instrumentorum ad partum promovendum & extrahendum pertinentium, nec non postremo variorum monstrorum insuper.

L’édition latine – dont l’agencement des textes et des images diffèrent sensiblement de l’édition allemande – contient les mêmes gravures que l’édition allemande à l’exception du couple debout du début de l’ouvrage (p. 8).

L’édition allemande sera encore rééditée en 1588 et 1600, l’édition latine en 1587.

L’ouvrage allemand sera également traduit en néerlandais sous le titre « ‘T Boeck vande vroet-wijfs » et imprimé à Amsterdam dès 1591, avec les gravures de Jost Amman (d’autres éditions sont datées de 1616, 1622, 1670).

L’éditeur Sigmund Feyerabend (1528-1590) est imprimeur-libraire et graveur, originaire de Heidelberg. Fils d’Ägidius Feyerabend, peintre et graveur sur bois. Dès 1540, il commence son apprentissage chez Jörg Breu, peintre et graveur à Augsbourg. En 1559, il s’installe à Francfort-sur-le-Main où il meurt en 1590. Activité extrêmement prolifique.

[voir : https://data.bnf.fr/fr/12072567/sigmund_feyerabend/].

Au moment de cette réédition, le graveur Jost Amman (1539-1591) jouit d’une très grande réputation. Originaire de Zurich, installé à Nuremberg, il occupe une place prédominante dans le milieu des livrés illustrés, publiés dans tout l’espace germanique. Cet artiste extrêmement prolifique excelle dans la gravure sur bois et réalise comme unique illustrateur plus de 50 ouvrages.


Illustrations :

74 gravures sur bois ornent le Hebammenbuch : 15 à pleine page ou à mi-page (deux sont chacune répétées trois fois) et 59 petites gravures intégrées dans le texte.

L’iconographie des gravures se rapporte à la conception, à la grossesse et à l’accouchement illustrant les différents chapitres de ce traité destiné aux sages-femmes et aux femmes enceintes.

Description des gravures :

Frontispice. Gravure à mi-page (77 x 93 mm). Scène après un accouchement.

Vue d’une chambre à coucher. La mère alitée vient d’accoucher : elle est entourée de deux femmes qui s’approchent du lit, l’une amène le repas l’autre un récipient. À l’avant-plan, une femme donne le bain au nouveau-né assistée d’une autre femme qui tient une serviette. Le berceau est prêt pour l’accueillir. Un enfant assis au sol joue avec ce petit lit. Un chien à proximité joue avec un os. Dans la partie droite de l’image, trois personnes sont en train de boire et de manger. La porte de la chambre est ouverte et laisse entrevoir la cuisine où une femme travaille devant la cheminée.

L’image s’inscrit dans un grand ovale. À l’extérieur de ce cadre, aux quatre angles, motifs de masques et de fruits, notamment la grenade, symbole de fertilité.

Introduction du premier livre. En face de la page titre du premier livre : scène d’accouchement. Grande gravure, presque à pleine page (126 x 110 mm). Un verset de la Genèse (chapitre 3, verset 16) est placé au-dessus de l’image et se poursuit en-dessous de la gravure : « Le Seigneur Dieu dit ensuite à la femme : je ferai qu’enceinte, tu sois dans de grandes souffrances ; c’est péniblement que tu enfanteras des fils. Tu seras avide de ton homme et lui te dominera ».

À l’avant-plan la sage-femme, assistée par deux autres femmes, aide la femme, assise, à accoucher. Divers objets à proximité : une bassine, une grande cruche. Sur une table sont posés d’autres ustensiles. La sage-femme est assise sur un tabouret. Une trousse avec divers instruments pend à la ceinture, dans son dos.

Le lit à baldaquin est prêt à l’arrière-plan. Au fond de la pièce, deux hommes sont attablés et regardent par une large ouverture la constellation de la lune et des étoiles qu’ils reportent sur une feuille de papier avec l’aide d’un compas.

P. 1. Premier livre, premier chapitre. Gravure à mi-page rehaussée de couleurs (89 x 75 mm). Adam et Ève au pied de l’arbre de connaissance. Ils se tiennent sur un sol de verdure.

L’arbre portant de nombreux fruits prend la forme d’un squelette autour duquel s’enroule le serpent qui présente la pomme à Ève.

Cette représentation et la scène d’accouchement en regard forment une très belle double page. Le verset biblique de la Genèse qui indique que la femme enfantera dans la douleur fait clairement référence au péché originel illustré par la gravure de la page suivante.

P. 8. Premier livre, « l’autre chapitre ». Gravure à pleine page (122 x 109 mm). Un couple debout, richement vêtu, se tient sur un sol de verdure. L’homme porte l’épée et présente un calice ; la femme tient une petite couronne de feuilles. L’un est tourné vers l’autre. Le texte fait référence à la conception de l’enfant.

La représentation de ce couple pourrait être une allusion au couple dédicataire du livre.

P. 10, 12, 19, 20 (2), 22, 24, 26 (env. 55 x 40 mm) : la conception. Série de petites gravures qui montrent les différents stades de l’« Œuf » fécondé jusqu’à celui-ci montre l’enfant (p. 26, fin du premier livre) ?

P. 29. Gravure à pleine page (152 x 109 mm). Femme nue assise.

Femme à la chevelure abondante, vue de face, la tête légèrement tournée. Elle se tient sur un siège dans une position presque debout. Pieds croisés. Une large ouverture sous la poitrine invite à voir les organes dont l’utérus avec le fœtus.

P. 31. Gravure à pleine page (154 x 110 mm) Dessin des organes appelé « Première figure » (Die erste Figur).

P. 33. Gravure à pleine page (147 x 112 mm) qui montre tous les organes de la femme.

P. 42. Gravure pleine page (150 x 115 mm) : organes de la femme qui montre cette fois le fœtus, vu de dos, dans une position accroupie.

P. 49. Gravure à mi-page montrant deux femmes en train de discuter (83 x 104 mm). Il s’agit de la sage-femme conseillant la femme enceinte, richement vêtue. Une table est dressée, un fauteuil et un chien à proximité.

P. 50, 51. Images du fœtus dans des positions différentes

P. 52. Chaise spéciale pour l’accouchement, avec un tissu pour préserver l’intimité (96 x 95 mm).

P. 54. Image mettant en valeur l’enfant et le cordon ombilical.

P. 70. Gravure à pleine page : deux instruments.

P. 72. Gravure à pleine page : deux autres instruments intitulés Entenschnabel (« bec de canard ») et Glatt und lange Zange (« pince lisse et longue »).

P. 75, 77, 78, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91 : une série d’images pour expliquer les positions difficiles de l’enfant au moment de la naissance (une image illustre chaque chapitre).

P. 93. Même gravure que la page frontispice.

P. 103 (2), 104, 105, 106 (2), 107 (2), 108 (2), 109 (2), 110 (2), 113, 114 (2), 115 (2), 116 (2), 117 (2), 118 (2), 119 (2), 120 (2), 121 (2), 122 : une longue série d’images d’enfants mal formés ou des « naissances miraculeuses » (Wundergeburten). Elles montrent toutes sortes de malformations, absence de membres (p. 103), deux corps liés (p. 106-107), membres doublés (2 têtes, 4 mains, 12 doigts, etc., p. 107-108), jusqu’à présenter des cas extrêmes de créatures monstrueuses. Parmi les cas décrits avec précision, l’auteur indique le lieu et la date de naissance : 1509 à Zurich (p. 108), 1503 dans un village de Hesse, 1529 dans un village de la Forêt noire (p 109), 1552 en Angleterre (p. 110). Il situe même une naissance dans un contexte spécifique : un enfant malformé est né en Saxe « l’année où Martin Luther commençait à prêcher l’évangile » (p. 115). Parmi les naissances de monstres, un enfant né à Cracovie en 1547 a un visage déformé et plusieurs têtes d’animaux qui couvrent son corps (l’enfant n’a vécu que 3 jours, p. 113) ; un autre enfant est né à Rome avec une tête d’éléphant (p. 115) ; un autre encore est né à Ravenne en 1512 avec des ailes et un pied de rapace (p. 122). La majorité des gravures montrent des enfants, tout petits ; beaucoup plus rares sont les images d’adultes avec des malformations (p. 104-105, 110). Chaque enfant ou être hybride est debout sur un petit sol de verdure ou un tertre.

P. 153. Sixième livre. Même gravure que p. 49.

P. 213. « Autre partie du livre » consacrée aux soins à apporter au nouveau-né. Même gravure que le frontispice et la p. 93 : qui montre notamment le bain du nouveau-né.

P. 249 : même gravure que p. 49 et p. 153.

Autres décors :

Culs-de-lampe à la fin des livres où ils occupent le plus souvent une demie page : p. 30, 32, 48, 69, 73, 79, 92, 152, 212. Ils sont composés de rinceaux, de fruits, d’arabesques et de figures humaines. Motifs très soignés et d’une grande variété.

Très belle lettre cadelée au début du titre (D en rouge) et nombreuses initiales ornées, très soignées, au début des chapitres (4 ou 6 interlignes).


Style et sources des gravures :

L’excellent état de conservation des bois utilisés permet d’apprécier le style des gravures. Elles sont non signées mais attribuées au graveur Jost Amman. Cet artiste prolifique et réputé met en scène de manière vivante et éclairante les différents sujets de ce traité destiné aux sages-femmes. L’illustration se devait aussi didactique que précise. Aux nombreuses gravures du corps humain, de la conception à la naissance, est apporté un soin particulier répondant à l’exigence du sujet médical et notamment à l’anatomie féminine et enfantine ; de même qu’aux instruments servant à la naissance représentés en grand format. L’artiste ne manque pas de fantaisie pour illustrer la partie consacrée aux enfants malformés. Les scènes d’intérieur regorgent de détails pour montrer le style du mobilier de l’époque ainsi que des objets domestiques. La planche montrant la femme assise s’appuyant contre un siège richement travaillé (p. 29) est encore plus parlante : des motifs en volutes et les masques expriment ce style de la Renaissance. Les costumes extrêmement ouvragés sont aussi le reflet de la mode de cette époque. L’élégant couple, richement vêtu (p. 8), est le meilleur exemple : robe, hauts-de-chausses, chapeaux, attestent du goût pour le luxe vestimentaire.

La planche d’Adam et Ève, qui est venue s’ajouter à la nouvelle édition de 1580, est une représentation d’une très belle qualité, de surcroît enrichie par de subtils rehauts de couleurs qui la rendent bien plus expressive encore : tons rosés pour les corps, un rouge plus vif pour les fruits, des tons bleu-violet pour le serpent, plusieurs nuances de verts pour le feuillage de l’arbre et les plantes du sol. L’artiste rend merveilleusement bien cet arbre de la connaissance qui se métamorphose en un squelette : au centre une tête de mort très expressive, jambes croisées et des bras se terminant en feuillages, alors que le serpent s’enroule autour des côtes. Cette Mort, engendrée par le péché du premier couple, prend une signification toute particulière au début de l’ouvrage : la page en face rappelle inexorablement la faute originelle qui condamne la femme à accoucher dans la souffrance. Cette Mort, domine de manière majestueuse le couple, se tourne vers Ève alors que celle-ci regarde vers la femme en train d’accoucher sur la page en regard. Même si Hans Sebald Beham traite déjà le sujet de l’Arbre de la Mort auparavant (planche signée et datée de 1543), la gravure créée par Jost Amman lui confère un nouveau sens par son insertion dans le contexte particulier du présent traité. Une autre gravure est rehaussée de couleur (p. 103) montrant deux enfants malformés sur un tapis de gazon.

Le couple de riches bourgeois au début du premier livre (p. 8), déjà évoqué, porte de somptueux costumes de l’époque. La dame, à droite, est très proche de la série des femmes du célèbre livre des modes (Trachtenbuch ; portant le titre Im Frauwenzimmer wirt vermeldt von allerley schönen Kleidungen unnd Trachten der Weiber) de Jost Amman, édité à Francfort, également chez Feyerabend, en 1586. L’autre gravure avec une riche bourgeoise discutant avec la sage-femme (p. 49, 153, 249) est également proche de ce recueil de mode féminine très luxueuse (robes, coiffes, coiffures, accessoires) mais aussi de tenues de femmes de condition plus modeste. Ces comparaisons confirment le succès du style de Jost Amman et la qualité de son travail d’illustrateur fort apprécié par ses contemporains.

Les motifs décoratifs formant les culs-de-lampe se retrouvent également dans d’autres livres, édités vers 1580 et appartenant à son abondante et remarquable production de gravures.


Le livre pour les sages-femmes – le Hebammenbuch – est un exemplaire de qualité qui témoigne du savoir médical et obstétrique de l’époque. Il offre tous les secrets de la femme comme le précise le titre. À travers le texte et l’abondante illustration se révèle la société, la condition humaine et celle des femmes en particulier à qui l’ouvrage veut apporter secours. La diffusion de ce manuel est attestée par l’imprimerie sur plusieurs décennies au cours du XVIe siècle et même au-delà. La présente édition de 1580, TRÈS RARE, réunit de grands acteurs autour de ce traité médical : Jakob Ruff, médecin-écrivain, Sigmund Feyerabend, libraire imprimeur, et Jost Amman, illustrateur de talent.


ANNEXE : Autres exemplaires du titre, conservés dans des bibliothèques publiques.

Le présent ouvrage, publié en 1580, est une version revisitée, enrichie et illustrée de l’ouvrage en allemand de Jakob Ruff intitulé Ein schön lustig Trostbüchle von den Empfengknussen und Geburten der Menschen … (Zurich, 1554).

Le Hebammenbuch est réédité en 1588 et en 1600, toujours à Franfort-sur-le-Main, mais chez d’autres éditeurs.

L’édition originale de 1580 est très rare.


1. Éditions allemandes :

Berlin, Staatsbibliothek, Preußischer Kulturbesitz : 2 exemplaires

- Cote : Jh 1978

[4] Bl., 249 [i.e. 259], [1] S., [2] Bl. : zahlr. Ill. (Holzschn.) ; 4°

Ref. : VD16 R 3577

- Cote : RLS Xa 351 : E704-E705

[4] Bl., 249 [i.e. 259] S., [2] Bl : zahlr. Ill

Francfort-sur-le-Main, Universitätsbibliothek, Zentralbibliothek

Cote : 8° S 791.9631

[4] Bl., 249 [i.e. 259], [1] S., [2] Bl. : Titelholzschn., zahlr. Ill. (Holzschn.) ; 4°

Heidelberg, Universitätsbibliothek

Cote : 89 MA 246:: E704/E705 (704,2)

[4] Bl., 249 [i.e. 259] S., [2] Bl.

Stockholm, Hagströmerbiblioteket (The Hagströmer Medico-Historical Library)

Bibliotheca Systema Naturae

Collation : [8], 259, [5], index, 73 gravures sur bois ; In 4°, 184 x 140 mm

Voir : https://hagstromerlibrary.ki.se/books/11662

Zurich, Zentralbibliothek, Alte Drucke 

Cote : RARA AW 6075

https://www.recherche-portal.ch/primo-explore/fulldisplay?docid=ebi01_prod003357215&context=L&vid=ZAD&search_scope=default_scope&tab=default_tab&lang=de_DE

Zurich, Universität, Hauptbibliothek - Medizin Careum,

Cote : 6 R919 HE 1580

https://www.recherche-portal.ch/primo-explore/fulldisplay?docid=ebi01_prod008819757&context=L&vid=ZAD&search_scope=default_scope&tab=default_tab&lang=de_DE

2. Autres éditions.

Édition latine, 1580

De Conceptu et generatione hominis, de matrice et ejus partibus, nec non de conditione infantis in utero et gravidarum cura et officio

Publication : Francoforti ad Moenum : impr. S. Feyerabendii, 1580

Paris, Bibliothèque nationale de France, Tolbiac, Réserve des livres rares

Cote : 4-TB68-20 ;

exemplaire numérise sous Gallica : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb312687228

Édition allemande, 1588

Berlin, Staatsbibliothek, Preußischer Kulturbesitz

Cote : 4" Jh 1980 ; perdu pendant la guerre

Franckfort, 1588

[3] Bl., 249 S : zahlr. Ill ; 8°

 

3. Édition de 1600 :

Bâle, Uni Basel-Pharmaziemuseum

Cote : PHM Fa 28

[6], 2-259, [3] S. : Ill.

Munich, Bayerische Staatsbibliothek

Cote : Res/A.obst. 103 u

Franckfurt am Meyn : Saur, 1600. - [4] Bl., 259 S., [2] Bl.

Exemplaire numérisé : http://daten.digitale-sammlungen.de/~db/0002/bsb00027956/images/

Paris, Bibliothèque nationale de France, Tolbiac

Cote : 4-TE121-9

Francfurt am Meyn : E. Willers, 1600 ; In-4, VIII-264 p., fig. gr.

Paris, Académie de Médecine

Cote : D5297

Francfurt a. Meyn : Jon. Saur, 1600 ; In 4.

D’autres exemplaires de l’édition de 1600 à Göttingen (Niedersächsische Staats- und Universitätsbibliothek), Freiburg im Breisgau (Universitätsbibliothek), Kiel (Universitätsbibliothek), Berlin (Deutsches Historisches Museum), Düsseldorf (Universitäts- und Landesbibliothek), Wolfenbüttel (Herzog August Bibliothek) 

[cf. Univeral Short Title Catalogue ; https://www.ustc.ac.uk/editions/661837].


BIBLIOGRAPHIE (sélection) :

Becker Carl, Jobst Amman, Zeichner und Formschneider, Kupferätzer und Stecher, Leipzig : R. Weigel, 1854.

[Hebammenbuch : p. XV et p. 105-107 (n° 30)]

Green Monica H., Making Women's Medicine Masculine. The Rise of Male Authority in Pre-Modern Gynaecology, Oxford : University Press, 2008, p. 353.

Gründer J.W.L., Geschichte der Chirurgie von den Urzeiten bis zu Anfang des achtzehnten Jahrhunderts, Breslau : Trewendt et Granier, 1859.

[Hebammenbuch de Jakob Ruf :  p. 271-276]

Janota Johannes, « Zur neuen Gesamtausgabe der Werke von Jakob Ruf (Růff, Rueff, Rüeff?)  », Zeitschrift für deutsches Altertum und deutsche Literatur, 138, 4 (2009), p. 485-507.

[Traite de Keller Hildegard Elisabeth (éd.), Jakob Ruf.. Leben, Werk und Studien, 5 vol.,  Zurich : Neue Zürcher Zeitung, 2008].

Keller Hildegard Elisabeth, « Totentanz im Paradies. Titelblätter und Vorreden in Geburtshilfebüchern des 16. Jahrhunderts », L’art macabre. Jahrbuch des Europäischen Totentanz-Vereiningung, 4, 2003, p. 123-138.

Spinks Jennifer, « Jakob Rueff's 1554 "Trostbüchle" : a Zurich physician explains and interprets monstrous births », Intellectual Historiy Review, 18 (1), 2008, p. 41-59.

Steinke Hubert, « Jakob Ruf », Historisches Lexikon der Schweiz :

Notice biographique en ligne : https://hls-dhs-dss.ch/de/articles/014609/2010-11-18/

Ukena Peter (éd.), Alexander Seitz. Sämtliche Schriften, I, Medizinische Schriften, Berlin : Walter de Gruyter, 1970 (coll. Ausgaben deutscher Literatur des XV. bis XVIII Jahrhunderts).

[Hebammenbuch : p. 258-259].


Ilona Hans-Collas

Ilona Hans-Collas est docteur en histoire de l’art (université Marc Bloch, Strasbourg). Elle a mené des recherches à la Bibliothèque nationale de France (Paris) et à l’Institut royal du Patrimoine artistique (Bruxelles).
Elle est spécialiste de la peinture murale de la fin du Moyen Âge et est présidente du Groupe de Recherches sur la Peinture Murale (GRPM).
Elle est co-auteur du catalogue raisonné des manuscrits enluminés dans les anciens Pays-Bas méridionaux conservés à la BnF et a été co-commissaire de l’exposition Miniatures flamandes 1404-1482 (BnF, 2012).
Récemment, elle a été co-commissaire de l’exposition Le Livre et la Mort, XIVe-XVIIIe siècle, présentée à Paris, à la Bibliothèque Mazarine et la Bibliothèque Sainte-Geneviève, de mars à juin 2019.
Elle est présidente de l’association Danses macabres d’Europe (DME), membre correspondant de l’Académie nationale des sciences, arts et lettres de Metz et membre correspondant de l’Académie royale d’archéologie de Belgique.
Ses nombreuses publications portent sur le livre ancien et la peinture murale avec un intérêt tout particulier pour le Moyen-Âge et la Renaissance ainsi que pour l’iconographie religieuse et profane.

Nous tenons à la remercier d'avoir prêté sa plume pour cet article.