LOUIS XIII, une lettre en langage codé encore inconnu

Chiffré :

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LOUIS XIII, dit « le Juste » (1601-†1643). Fils d’Henri IV et de Marie de Médicis. Roi de France et de Navarre de 1610 à 1643. Sous son règne, il engage la France dans la Guerre de Trente ans en 1635.

Une très rare et précieuse lettre autographe signée (signature autographe) du roi Louis XIII de France : « LOUIS », avec lieu et date : Assy, le 22 octobre 1633. Au dos du document figure la suscription : Du Roy le 22 octobre 1633. A mon Cousin le maréchal de Brézé 

Une importante lettre de politique étrangère en langage codé adressée à Urbain de MAILLÉ, marquis de BRÉZÉ et maréchal de France (1597-†1650), son ambassadeur.

1 page écrite folio recto (9 lignes) sur un feuillet petit in-quarto, format : H. : 223 mm. ; L. : 163 mm. 

Vendu


Codicologie

Une écriture commune, épistolaire et cryptée. Une cursive à l’encre sépia sur un papier chiffon vergé écru à grammage faible, sans filigrane (qu'il soit entier ou divisé). L’idiome présente une graphie lisible au premier coup d’œil mais le langage demeure abscons et inconnu : un étrange charabia, un galimatias composé de termes inintelligibles propres au cryptogramme non idéogrammatique, le roi n'ayant pas sollicité son secrétaire du chiffre. La missive comporte deux cachets royaux gravés en creux, un écu aux armes du souverain, en cire rouge, en très bon état, sur lacs de soie de couleur blanche ainsi que le nom du destinataire au folio verso, sous papier (une lettre close sous le contre-scel de Louis XIII*). Le document est encore aujourd'hui dans un parfait état de conservation.


Présentation & zone de contexte

En plein cœur de l’Europe, la Maison d’Autriche était engagée dans la guerre de Trente Ans. En 1633, durant la période dite « suédoise » (1630-1635), la France, alors très occupée par la lutte sur son territoire avec le parti Huguenot (en tant que sécessionniste et non pour ses convictions religieuses), apportait une aide occulte aux adversaires protestants des forces impériales issues de la Maison de Habsbourg. Elle n’intervint ouvertement contre l’Empereur qu’à partir de 1635 (marquée par les victoires de Fribourg et de Nördlingen) et dans le cadre de la guerre contre l’Espagne. 


Le maréchal de Maillé-Brézé

Urbain de MAILLÉ, marquis de BRÉZÉ et maréchal de France (1597-†1650), avait épousé Nicole du Plessis-Richelieu, la sœur puînée du cardinal de Richelieu, principal ministre d’État omnipotent et fondateur de l'Académie française. En 1632, il fut envoyé comme ambassadeur auprès du roi de Suède, Gustave-Adolphe, et il assista, dans la même année, à la bataille et aux pourparlers de Castelnaudary. En France, Richelieu, soucieux de susciter un nouvel adversaire à l’Empereur sans s’engager lui-même, fournissait secrètement d’importants subsides à Gustave-Adolphe de Suède et à ses alliés d’Allemagne, ainsi qu’aux Provinces-Unies, les incitant à se lancer dans la guerre.

C’est sans doute à des nouvelles extraordinaires, à des ordres impétueux ou à des pourparlers secrets d’entrée en guerre ouverte contre les Habsbourg de Madrid et de Vienne que se rattache cette énigmatique lettre cryptée – un bref cryptogramme de neuf lignes destiné à protéger la confidentialité des échanges. 


Une notice aimablement communiquée par Madame Marie-Catherine Vignal Souleyreau nous éclaire sur le contenu de cette missive confidentielle.

« La lettre que Louis XIII adresse au maréchal de Brézé se situe dans le contexte du projet d’envoi de ce dernier en Lorraine, juste après la prise de Nancy. Le maréchal se trouve alors à Milly-le-Meugon alors qu’une épidémie de peste s’est déclarée en Anjou. Le fils du maréchal de Brézé, Armand Jean de Maillé de Brézé, se trouve déjà en Lorraine. Une lettre du maréchal de Brézé à Richelieu, du 6 octobre, que j’ai publiée (Correspondance et papier d’État du cardinal de Richelieu, p. 545, pour l’année 1633), éclaire le contexte. »

Madame Marie-Catherine Vignal Souleyreau, est docteur en Histoire, ingénieur d’études en analyse de sources historiques et culturelles à Paris Sorbonne Université. En sa qualité d’historienne et d’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, elle a été chargée de la publication de l'abondante Correspondance et papier d’État du cardinal de Richelieu qui était restée en partie inédite. 

Nous tenons à remercier Madame Marie-Catherine Vignal Souleyreau, chaleureusement ici, d’avoir prêté sa plume pour cet article.

*Une lettre close sous le contre-scel du roi, pliée dans sa hauteur, entourée d’un ruban de soie, les deux bouts étant réunis par un cachet de cire avec un écu armorié.