Benjamin CONSTANT. Adolphe

Constant adolphe 3

 

Constant adolphe 2

 

L'ouvrage dans son étui bordé de maroquin (ALIX)

Constant adolphe 1

 

« Il n'y a point d'unité complète dans l'homme, et presque jamais personne n'est tout à fait sincère ni tout à fait de mauvaise foi. »


CONSTANT (Benjamin).

Adolphe, anecdote trouvée dans les papiers d’un inconnu, et publiée par M. Benjamin de Constant.

Londres, H. Colburn, Paris, Treuttel et Würtz, 1816.

[Une étiquette de papier est collée en marge inférieure de la page de titre (infra date) : « Cet ouvrage se vend chez LE CHARLIER, Libraire de l’Académie, Montagne de la Cour, A BRUXELLES. »]

In-12° ; VII, 228 pp.

Plein cuir de Russie bleu-nuit à grains longs, dos à deux larges nerfs plats chiffré et signé en pied, roulette et palette or en tête et en queue, encadrement aux filets or multiples avec roulette à froid, fers or d’écoinçon, un fleuron or aux centres des plats, un filet or sur les coupes, coiffes filetées or, une large bordure intérieure dorée avec motifs floraux, exemplaire non rogné, cahiers inégaux, exemplaire à grandes marges, doublure et garde volante de papier romantique, une reliure signée de l’atelier « DE SAMBLANX REL. », dorures de van den HEUVEL, un étui bordé de maroquin (Alix).

UNE MAGNIFIQUE RELIURE PASTICHE [1900]. UN SUPERBE DÉCOR NÉO-CLASSIQUE. UNE EXÉCUTION PARFAITE.


Quelques mots sur le doreur van den Heuvel.

Van den Heuvel, de nationalité hollandaise, avait travaillé en dernier lieu chez P. Claessens. C’était un excellent doreur à la main, sachant à l’occasion se servir très habilement du balancier. Bon nombre des pastiches de reliures romantiques signés Charles De Samblanx, lui doivent l’éclat et l’aplomb de la dorure et la belle exécution des mosaïques.


Dimensions (exemplaire à grandes marges) : 185 x 106 mm


Vendu

Sold


BIBLIOGRAPHIE

ÉDITION ORIGINALE FRANÇAISE IMPRIMÉE À PARIS ET PORTANT L’ADRESSE DE LONDRES.

Deuxième état de l’édition parisienne. C’est la composition de l’imprimeur Georges-Adrien Crapelet d’après les épreuves de l’édition anglaise parue la même année, mais sans l’avertissement au contrefacteur au folio verso du titre et sans le nom d’imprimeur (Crapelet) en bas de page 228 in fine, probablement pour permettre la vente du livre en Angleterre. L’édition londonienne s’étant en effet beaucoup mieux vendue que la parisienne, il est possible que les invendus de Paris furent envoyés à Londres après cette retouche typographique, rendue nécessaire par certaines dispositions des lois anglaises de l’époque.


- Prosper de Barante, Souvenirs, t. II, pp. 314-315 : « En 1816 Benjamin Constant publia son roman Adolphe qui eut tant de succès. C’est une peinture colorée et fine de lui-même dans la sphère de ses affections. Il est impossible de lire cette autopsie si bien écrite sans être profondément ému. Mais ce qu’il fallait voir c’était Constant lisant son Adolphe avec une émotion déchirante, baignée de larmes. »

- Catalogue BnF, Benjamin Constant [Exposition], Paris, 1967, n° 197, p. 52.

- Catalogue BnF, En français dans le texte, 225 : « Avec Adolphe, Benjamin Constant a donné un des romans les plus beaux de la littérature française, un des plus mystérieux, des plus provocateurs qu’on ait écrits. »

- Clouzot, 70-71. Rahir, Bibliothèque de l’amateur, 377. Talvart & Place, t. III, 213 a. Vicaire, t. II, 932. Picot, Catalogue Rothschild, t. III, n° 1580

- Carteret, t. I, p. 178-179 : « Ouvrage très rare et d’une grande valeur littéraire. »

- Clouzot cite trois éditions parues sous une même date, en 1816, trois éditions in-douze : Celle de Londres, Londres Colburn. Paris, Tröttel et Wurtz, 1816, celles de Paris : Paris, Treuttel et Wurtz ; Londres, Colburn 1816 ; et Londres, Colburn, Paris, Treuttel et Wurtz, 1816.
« Il n’a pu encore être exactement prouvé l’antériorité de l’une de ces éditions parues à quelques jours d’intervalle. Toutes trois sont rares et très recherchées. Ouvrage presque toujours très sobrement relié à l’époque
 ».

- C. P. Courtney, A Bibliography of Editions of the Writings of Benjamin Constant to 1833, London 1981, coll. 18b. ; du même auteur, A Guide to the published works of Benjamin Constant, Oxford, 1985, A18/1.

- Pierre Delbouille, Benjamin Constant (1767-1830), Genève, Éditions Slatkine, 2015.

- Hector Dubois d’Enghien, La Reliure en Belgique au dix-neuvième siècle, pp. 147-152.

- Maurice Escoffier, Le Mouvement Romantique 1788-1850, p. 69, n° 251 (à l’adresse parisienne).


« Pionnier du libéralisme politique, précurseur de l’écriture intime et du roman psychologique, théoricien du sentiment religieux, penseur de la modernité, Benjamin Constant est aujourd’hui considéré comme une figure majeure de l’histoire intellectuelle du tournant des XVIIIe et XIXe siècles. » (Pierre Delbouille, Benjamin Constant (1767-1830), Genève, Éditions Slatkine, 2015).


Adolphe, modèle du roman français.

En octobre 1815, Benjamin Constant se rend à Londres en exil volontaire et décide d’y publier, pour des raisons financières, en même temps qu’à Paris (juin 1816) ce roman écrit à Genève en 1806 où il décrit les tourments d’une âme amoureuse. Il vit alors une passion tumultueuse avec la remuante Germaine de Staël. Cette relation intime et intellectuelle, très liée, orageuse, querelleuse, où l’on peut dire que leurs esprits se sont rencontrés mais pas toujours leurs cœurs avait débuté en Suisse à Lausanne en 1794 et s’acheva sous le Consulat en 1802 (en 1802 la volcanique Germain de Staël devint veuve et refusa le mariage à Constant), et définitivement brouillée en 1808.

Les égarements du cœur et les chemins de la pensée

Dans ce roman pour partie autobiographique (dans sa genèse et sa structure) qui reste l’un des chefs-d’œuvre du roman français d’analyse psychologique, Benjamin Constant spectateur de lui-même campe avec talent ce héros préromantique français incarnant le « mal du siècle », un thème récurrent de l’art romantique. Ce sera le seul roman publié de son vivant et de sa volonté que l’auteur décrivait dans son Journal comme « la relation terrible d’un homme qui n’aime plus et d’une femme qui ne veut pas cesser d’être aimée. »

Remarquons que l’héroïne de son roman, Ellénore, présente de troublantes ressemblances avec Anna Lindsay pour qui Benjamin Constant éprouva également un sentiment très vif.


STENDHAL esquisse à merveille le profil du roman le 1er décembre 1824 dans un article circonstancier du New Monthly Magazine : « Adolphe séduit une femme qu’il n’aime point et la victime devient alors passionnément éprise de son séducteur. Celui-ci, n’ayant pas assez de fermeté pour rompre, souffre de l’amour sans cesse grandissant de sa maîtresse. On peut dire que ce roman est un marivaudage tragique où la difficulté n’est point, comme chez Marivaux, de faire une déclaration d’amour, mais une déclaration de haine. »

Pour résumer l’intrigue d’Adolphe d’une manière lapidaire : La séduction d’une femme par le dernier des libertins, les affres de l'amour, le martyre, la passion non partagée et la faiblesse de l’amant face à une tempétueuse maîtresse tyrannique.


Benjamin CONSTANT le défenseur de la Liberté

Écrivain remarquable, grand historien des Religions (ce qu’on ignore très souvent), homme politique, défenseur des libertés fondamentales de l’individu, Benjamin CONSTANT, auteur libéral d’un caractère européen total (mais revendiquant la nationalité d’être Français), nous livre avec l’ouvrage Adolphe L’UN DES PLUS GRANDS ROMANS FRANÇAIS, chef-d’œuvre incontournable du roman personnel. Clarté de l’analyse, limpidité et sobriété du style, élégance, objectivité, brièveté, personnage tortueux et versatile, brillant, instable, étonnamment clairvoyant sur lui-même, de caractère faible mais d’une intelligence remarquable, Adolphe ou l’histoire d’une servitude sentimentale est un témoignage psychologique de grand prix, un écrit de premier ordre qui bouleverse la littérature.


Les bonnes feuilles

« Adolphe, me dit-elle, vous vous trompez sur vous-même. Vous êtes généreux, vous vous dévouez à moi parce que je suis persécutée. Vous croyez avoir de l’amour, et vous n’avez que de la pitié. Pourquoi prononça-t-elle ces mots funestes ? Pourquoi me révéla-t-elle un secret que je voulais ignorer ? Je m’efforçai de la rassurer. J’y parvins peut-être, mais la vérité avait traversé mon âme : le mouvement était détruit. J’étais déterminé dans mon sacrifice, mais je n’en étais pas plus heureux : et déjà il y avait en moi une pensée que de nouveau j’étais réduit à cacher. » (Chapitre V, p. 115).

À partir de ce moment quelque chose est changé et Adolphe aura encore quelques élans pour Ellénore dans les circonstances les plus dramatiques.