Charles de GAULLE. « Quelques idées » Un très rare MANUSCRIT autographe original unique et inédit. Cinq pages à la plume en premier jet.

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« L'homme de génie est celui qui m'en donne. » (Paul Valéry)

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« Mais pourquoi perdre le temps et gaspiller les chances de la France ? »

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LES MANUCRITS DE CHARLES DE GAULLE EN MAINS PRIVÉES SONT EXTRÊMEMENT RARES.

 

Un manuscrit de premier jet, comprenant de très nombreuses ratures et corrections (1953).


Charles de GAULLE

5 pages sur 3 feuillets in-4° ; cursive à l’encre noire sur papier Savoyeux* à en-tête « Le Général De Gaulle », penchée, rectiligne, volontaire et un peu grasse, l’ensemble des trois feuillets sous une chemise en demi-maroquin noir moderne, pièce de titre imprimée en noir, en papier et collée sur le premier plat.

*Filigrane clair : « O C F Savoyeux » (papeterie Outhenin-Chalandre et Fils & Cie, puis Papeteries de France, à Savoyeux, Haute-Saône).

Nota bene : Ce rarissime manuscrit possède son certificat d'exportation pour un bien culturel.


Prix sur demande

Price on request


BIBLIOGRAPHIE

Jean-Luc Barré

« Ce qui est important dans l'étude de ses manuscrits, c'est le premier jet. En effet, c'est dans le premier jet qu'il s'exprime le mieux, se laisse aller, s'abandonne un petit peu. J'ai publié dans la Pléiade ses repentirs, on y lit ses humeurs, des portraits parfois plus vifs sur Pompidou, Churchill, Roosevelt, il parle même de lui, de ses sentiments, sa mélancolie. Dans le deuxième jet il se reprend. L'homme est plus dans le premier jet, et le personnage historique est déjà dans le deuxième jet. » (Jean-Luc Barré*, éditeur des mémoires du général de Gaulle dans la collection de la Pléiade, Gallimard 2000).


Hubert Heilbronn

Bibliophile et collectionneur, Hubert Heilbronn détaille la graphie de Charles de Gaulle : « Elle signifie un grand orgueil, une grande clarté dans l'expression et une très grande sensibilité. Elle est élégante, elle est haute, elle est penchée à droite, comme un homme d'ouverture, les lettres sont très lisibles, c'est une écriture aristocratique, j'oserais presque dire parfois féminine. » (Entretien sur France Culture du 13 août 2008).


DESCRIPTION DU MANUSCRIT

Dimensions des feuillets : 270 x 210 mm


Premier feuillet :

Folio recto : Titre et 23 lignes (y compris les repentirs).

Folio verso : 21 lignes.

Deuxième feuillet :

Folio recto : 23 lignes (y compris les repentirs).

Folio verso : 25 lignes.

Troisième feuillet :

Folio recto : 18 lignes.


ÉTAT DE CONSERVATION

Très bon état de conservation général. Aciennes traces de pliures.

PROVENANCE

Collection privée.

CONTENU

Un unique et précieux manuscrit : Charles de GAULLE fait le procès de la Quatrième République et il propose une réforme politique.

DATE D’EXÉCUTION

L’année d’exécution du manuscrit n’est pas indiquée (1953).

ILLUSTRATION

Néant.

AUTRES EXEMPLAIRES conservés dans les fonds d’archives ou bibliothèques publiques

Aucun.


Sous la plume de l'historien, homme de lettres et éditeur Jean-Luc Barré

Transcription dactilographiée du manuscrit

QUELQUES IDEES

1- Voici donc, sur le plan gouvernemental, l’aboutissement des élections faites sous le signe de l’apparentement des partis. Pour forcer la répugnance trop explicable des électeurs, on invoquait la nécessité d’avoir enfin une « majorité » qui en soit une, un « gouvernement » qui en soit un.

Conséquence : une crise ministérielle, très grave celle-là car – de quelque façon qu’elle soit en apparence dénouée – elle est l’aveu officiel de la carence organique du pouvoir. Point d’incident politique ! Point de crise parlementaire ! Rien que la révélation de la nature même des choses : l’incapacité d’agir des partis et de leur système. Les camouflages, dont les partis avaient tâché de voiler notre cause pendant la précédente législature, s’effondreront du premier coup au début même de celle-ci.

Trois « pressentis » ont refusé, invoquant des raisons diverses, mais qui toutes signifient : impuissance. Voici, devant nous, le quatrième…

2- Celui-ci, au moins, apporte-t-il un programme susceptible de réunir une majorité réelle, c’est-à-dire compacte et résolue ? Pas du tout ! Bien au contraire ! Encore ne s’agit-il que d’obtenir une investiture, à quoi des formules plus ou moins vagues pourraient, je l’espère, suffire. Mais, si l’investiture était donnée, comment pourrait[-on] réellement gouverner, c’est-à-dire [faire] agir ensemble ceux qui l’avaient donnée sur la base d’un programme aussi fluide et déjà contredit par eux-mêmes de toutes parts ?

Les électeurs qui se sont laissé duper et ont, sous prétexte de « voter utile », donné leurs voix aux partis apparentés dans l’espoir qu’il en sortirait un pouvoir solide et stable, qu’ils mesurent maintenant l’escroquerie politique dont eux-mêmes et le pays sont victimes ! Encore n’est-ce que le commencement.

3- Voyons d’un peu plus près les formules qui viennent d’être proposées. Nous ne savons plus – et ce n’est pas notre affaire de le savoir, – si ces formules donnent satisfaction à la « majorité ». Mais nous devons dire qu’elles ne nous satisfont pas, nous. Car elles sont faites pour cacher les problèmes et non pour les résoudre.

4- On nous parle d’accroissement du pouvoir d’achat lié à celui de la prospérité. Fort bien ! Mais comment parvenir à accroître massivement la productivité, sinon comme nous le savons, par l’association substituée à la lutte des classes ? Seulement, l’association contrarie les routines intéressées, celles de certains employeurs, celles aussi des syndicats vieillis, celles enfin des partis figés dans leurs doctrines dépassées. Alors, on recule et le problème reste entier.

5- On nous parle de la question scolaire. Soit ! Mais à quoi donc aboutir, si on la laisse s’aigrir sur le plan de la querelle des écoles ? C’est ce plan qu’il faut dépasser, comme nous le voulons, nous. C’est jusqu’à celui de l’éducation, (et non de l’enseignement), qu’il faut s’élever désormais. C’est le progrès de l’éducation de la jeunesse française qu’il faut vouloir et favoriser. Ce sont les éducateurs, non les instructeurs, qu’il faut faire aider par les familles responsables de leur choix.

6- On nous parle de réforme de la Constitution. Parfait ! Il aurait mieux valu, en effet, ne pas faire celle qui est en vigueur et, pour ceux qui l’avaient combattue, ne pas voler à son secours. Nous nous félicitons de voir qu’on reconnait aujourd’hui cette malfaçon. Mais croit-on la réparer au moyen des infimes corrections qu’on nous propose ? C’est le système lui-même qui est à changer. C’est la séparation des pouvoirs et leur équilibre qu’il faut, comme nous le voulons, nous ! instituer aux lieu et place de cette confusion de tout à la discrétion des partis qui étouffe la République.

7- On nous parle de la situation de la France dans le monde, des menaces qui pèsent sur elle, de sa défense nationale, de l’Europe, du Pacte Atlantique [traité de l'Atlantique nord], etc ! Nous approuvons ces soucis soudainement mis en vedette, alors que tout l’effort du régime consistait à les reléguer. Mais, dans l’intermittence et les divisions qui furent le lot inévitable des gouvernements d’hier et qui dans l’actuel système le seront forcément des gouvernements de demain, comment pourrait-on remédier à ce lamentable et dangereux effacement de la France ? C’est cette matière surtout, – la plus grave de toutes, – qui exige des pouvoirs publics capables de dégager l’intérêt national et le faire passer au-dessus de toutes les clientèles et intérêts particuliers. C’est cela que nous voulons, nous, en contradiction complète avec le système exclusif des partis auquel on veut, coûte que coûte, s’accrocher, alors qu’il est condamné par le siècle et par les événements.

8- René Mayer, vous valez mieux que cela. Nous l’avons nous-mêmes vérifié en d’autres temps et dans un cadre qui, lui, nous permettait d’être ce que vous êtes, de donner ce dont vous êtes capable et d’agir au gouvernement. Vous avez aussi été ainsi associé à des grandes choses, à de vastes réalisations. Pourquoi donc vous enfoncer maintenant dans les sables d’un système périmé, dont le pays ne tirera rien de plus sous votre présidence qu’il n’en tirerait sous celle de quiconque ?

Que n’entendez-vous la voix que vous connaissez bien et qui appelle les hommes valables à s’assembler encore une fois par-dessus les clans et les partis, c’est-à-dire les faiblesses, les contradictions, les compromissions, pour tirer le pays d’affaire ? En tout cas, demain comme hier, nous y sommes prêts, nous autres, et nous savons bien qu’on en viendra là. Mais pourquoi perdre le temps et gaspiller les chances de la France ?


NOTE SUR LE DOCUMENT

 

Ce document original présente un grand intérêt à plusieurs titres.

D’abord, parce qu’il s’agit du premier jet, déjà très élaboré, d’un texte manuscrit où l’on voit s’exprimer, de manière directe et sans fioritures, la pensée politique du Général et son jugement sur la situation du pays à un moment où son retour au pouvoir parait grandement compromis. Il fait le tour du problème à coup de phrases nettes et tranchantes, avec cette hauteur de style qui lui est propre. Tout en laissant transparaître l’amertume et la colère que lui inspire l’état de la France, il ouvre des perspectives pour une autre façon de gouverner, un changement de politique à tous les niveaux.

Ce texte est un parfait condensé de sa vision des choses, à la fois réquisitoire contre le régime en place et plaidoyer pour un sursaut qu’il sait être le seul à pouvoir incarner.

L’autre intérêt de ce document est la personne à qui il s’adresse et le moment où il est rédigé. Ces « quelques idées », exprimées comme dans une sorte de lettre ouverte, sont formulées à l’intention du nouveau président du Conseil, René Mayer. Figure dominante du parti radical-socialiste, c’est un des piliers de la IVème République et l’un des rares à jouir de l’estime du Général qui apprécia son action ministérielle à la Libération. Mais son arrivée au pouvoir en janvier 1953 a été obtenue après des tractations qui représentent tout ce que de Gaulle rejette dans le fonctionnement des institutions. Il le condamne d’autant plus que son propre parti, le RPF, est lui-même contaminé par les méfaits du système. C’est Jacques Soustelle, l’ancien secrétaire général du RPF, qui a été pressenti par le président Auriol pour prendre la direction du gouvernement. La tentative Soustelle ayant tourné court, René Mayer a été finalement investi, après une semaine de négociations et au prix d’alliances hétérogènes. « Il ne dirige pas un gouvernement, il préside une combinazione », constate Georgette Elgey. A sa manière, de Gaulle ne dit pas autre chose, et ses prévisions se vérifient : Mayer ne tiendra pas plus de 19 semaines, renversé en mai après avoir été installé en janvier.

Dans cet intervalle, le Général a pris le large, au sens premier du terme, en embarquant en mars 1953 pour un périple africain dont il ne rentrera qu’un mois plus tard.

Le 26 avril, le RPF subit une écrasante défaite aux élections municipales qui met en cause la survie du parti. Plus que jamais, comme ce texte achève de le démontrer, De Gaulle va devoir se poser en recours et se préparer à assumer les fonctions auxquelles il se sait destiné.

Par Jean-Luc BARRÉ

Jean-Luc Barré est historien des idées humaines. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont une biographie de François Mauriac parue chez Fayard en 2011. Sa biographie croisée de Jacques et Raïssa Maritain, les mendiants du ciel (rééditée chez Fayard) a été primée par l’Académie française. Son livre Devenir de Gaulle 1939-1943, paru chez Perrin en 2003, vient de faire l’objet d’une réédition de poche dans la collection Tempus du même éditeur. Jean-Luc Barré est aussi un éditeur de premier plan, fondateur de la collection Témoignages pour l'Histoire aux Éditions Fayard, il est également directeur de la collection Bouquins des Éditions Robert Laffont chez qui ont été réédités en juin 2010 les Lettres, Notes et Carnets du Général De Gaulle.

Nous tenons à le remercier d'avoir prêté sa plume pour cet article.