Bellin. Essai géographique sur les Isles Britanniques

UN SPLENDIDE EXEMPLAIRE RELIÉ EN PLEIN MAROQUIN ROUGE AVEC LA CÉLÈBRE DENTELLE OR DU « LOUVRE » D'ENCADREMENT SUR LES PLATS, AUX ARMES DE ANTOINE DE SARTINE, MINISTRE DE LA MARINE DE LOUIS XVI

Bellin 7

 

EXEMPLAIRE IMPRIMÉ SUR GRAND PAPIER

Belin 3

UN SOMPTUEUX EXEMPLAIRE QUI RÉUNIT TOUTES LES QUALITÉS RARES POUR UN COLLECTIONNEUR EXIGEANT

BELLIN (Jacques-Nicolas).

Essai Géographique sur les Isles Britanniques

A Paris, De L’Imprimerie De Didot, 1757.

In-4° ; titre frontispice gravé très joliment encadré avec un entrelac floral-page de grand titre-2 feuillets non chiffrés [Table des Chapitres-Tables des Cartes, Plans & Vues]-471 pp.-5 cartes repliées hors-texte et de nombreux plans in-texte gravés en taille douce.

L’ouvrage contient également de très jolies vignettes et culs-de-lampes des dessinateurs et graveurs : Pierre-Philippe Choffard, J. de la Cruz, Delacroix, de Palmeus fils (carte) et Haussard.

UN SPLENDIDE EXEMPLAIRE EN MAROQUIN ROUGE, LARGE DENTELLE DU LOUVRE dorée encadrant les plats* [motifs de feuille de chêne à enroulement en entre-deux], fleurons aux angles, armoiries frappées or au centre, dos à nerfs richement orné, double filet or sur les coupes, roulette or intérieure, tranches dorées, somptueuse reliure de l’époque.

* La dentelle du Louvre était exécutée sous l'Ancien Régime dans les ateliers du palais du Louvre.

Dimensions : 260 x 195 mm


UN SPLENDIDE EXEMPLAIRE IMPRIMÉ SUR GRAND PAPIER ET RELIÉ EN PLEIN MAROQUIN.

C’est le seul ouvrage de Jacques-Nicolas Bellin cité par le bibliographe Henri Cohen (in Guide de l’Amateur de Livres à Gravures du XVIIIe siècle, Sixième Édition, col. 129) pour la remarquable beauté des ses illustrations.


Vendu

Sold


Bibliographie

Cohen, Guide de l’Amateur de Livres à Gravures du XVIIIe siècle, Sixième Édition, coll. 129.

Olivier & Hermal & Roton, Manuel de l’Amateur de Reliures Armoriées, planche n° 74 : « D’or à la bande d’azur, chargée de trois sardines d’argent. »

Antoine-Raymond-Jean-Galbert-Gabriel de SARTINE, comte d’Alby, conseiller au Châtelet (1752), maire des requêtes (1759), devint lieutenant-général de police* en décembre 1759. Ce fut un policier remarquable et un administrateur émérite qui organisa le service des pompiers, du nettoyage des rues et de leur éclairage. Nommé conseiller d’État en 1767, il quitta la police pour devenir secrétaire d’État au ministère de la marine en août 1774, puis ministre de la marine de 1775 à 1780. Lettré et bibliophile, il avait rassemblé une très importante collection de livres qu’il faisait revêtir de magnifiques reliures.

*Sartine était un ami de Denis Diderot de longue date lorsqu’il succéda à Berryer, le 1er décembre 1759 dans la charge de lieutenant-général de police. La protection secrète qu’il accorda à l’Encylopédie permit d’achever l’impression de cette vaste entreprise éditoriale jamais tentée auparavant sans ennuis pour les libraires et les éditeurs.


Jacques-Nicolas Bellin – Essai sur les Isles Britanniques (1757)

L’image du roi cartographe contemplant l’itinéraire de La Pérouse, dépeinte par Nicolas André Monsiau en 1817, est devenue, dans la mémoire collective, l’un des mythes définitoires de l’Ancien Régime. La scène, révèle autant l’efficacité des expéditions outre-mer financées par la monarchie que sa force de projection cartographique. La monarchie a pu compter, pour cela, sur le savoir et la finesse de trait des Vaugondy, Jean Baptiste Bourguignon d’Anville, Rigobert Bonne ou Jacques-Nicolas Bellin.

Important contributeur de l’Encyclopédie, Bellin s’affirma également, dès la première moitié du XVIIIème siècle, comme l’un des grands commis scientifiques d’une administration cultivée et audacieuse dont les affaires de l’esprit furent gérées de manière dyarchique par Jean-Paul Bignon, tout puissant patron du Journal des Savants et refondateur de l’Académie des Sciences après 1699 et de son neveu, Jean Frédéric Phélypeaux, dernier comte de Maurepas, archétype du ministre artisan, à l’instar des usages de l’utopique « monarque artisan » cher à Diderot, rassemblant les arts mécaniques dans le modèle académique pour les faire fleurir.

Un complexe scientifique englobant tant les recherches sur la navigation que celles sur la cartographie et les savoirs botaniques s’était sédimenté – à l’époque – autour de la Bibliothèque du Roi, de l’Académie des Sciences et d’institutions parisiennes comme l’Observatoire Royal ou le Dépôt des Cartes, Plans et Journaux de la Marine dont Bellin s’affirma – dès sa création par le Régent et sa nomination comme hydrographe du Roi peu après – comme l’un des membres éminents.

Cet Essai sur les Iles Britanniques s’inscrit dans cette lignée, puisqu’il réaffirme en pleine guerre de Sept Ans les principes d’échanges scientifiques que Bellin a plus ou moins goûté dans les décennies précédentes, que ce fut en profitant d’observations astronomiques des côtes britanniques faites par les voyageurs français correspondants de Maurepas, ou d’une manière moins amène, en voyant plagiés ses travaux cartographiques, grandement appréciés des marchands-éditeurs londoniens. L’Essai, du reste, n’est pas une simple description d’un pays qui révèle les qualités littéraires de l’auteur. En indiquant la morphologie, la situation et les avantages du terrain, dans la lignée des enquêtes commandées par le pouvoir depuis la fameuse Enquête du Régent en [1716]-1718, cette étude s’affirme comme un panorama des aménités anglaises. De la partie septentrionale de l’Angleterre, l’auteur note que « Le païs est fertile en bled et plein de pâturages ; aussi y élève t’on beaucoup de bestiaux (...) on y trouve des pierres de meliere pour les Moulins des pierres a chaux, et plusieurs mines de charbon et de fer : celles de Plomb sont renommées ; on les regarde comme le meilleur et le plus fin qu’il y ait ».

Là où l’enquête du Régent s’était affirmée comme un inventaire des richesses minérales du royaume, Bellin propose là un inventaire des richesses anglaises, réduisant là – en bon cartographe qu’il est – moult informations patiemment récoltées. Déconstruire son récit, révèle sa condition de palimpseste où ont été adaptées, imitées et critiquées des sources aussi bien britanniques qu’écossaises et irlandaises. En ce sens, à la différence d’ouvrages approximatifs où de cartes marines « par nos copistes françois (dont) il ne faut pas beaucoup d’examens pour connoître qu’elles ne valent rien », Bellin place son entreprise sous le signe du réemploi de sources vérifiées qui seront le gage de sa crédibilité scientifique.

L’Analyse des cartes et les Remarques sur leurs constructions est un véritable carrefour où convergent aussi bien les informations recueillies par un pilote côtier, Harris, que celle de Greenville Collins, l’hydrographe du Roi et Bellin de conclure que « je me suis servi d’un ouvrage anglois qu’on publie tous les ans à Londres, sous le nom de nouveau Calendrier des Mariniers dans lequel on rassemble différentes observations utiles, tant pour la théorie que pour la pratique du Pilotage », démontrant là l’actualité de son ouvrage.

Au reste, on ne rendrait point compte de toute la richesse de l’ouvrage si l’on ne mentionnait pas une réflexion s’inscrivant dans une anglomanie et un attrait continué pour « l’Île philosophique » dont La Fontaine écrivait déjà dans Le renard et les Raisins que : « Les Anglais pensent profondément/ Leur esprit en cela suit leur tempérament/ Creusant dans les sujets, et forts d’expériences / Ils étendent partout l’empire des sciences (...) ». Nous pouvons appréhender les considérations sur le gouvernement anglais dans cette perspective. Doit-on voir, d’ailleurs, comme une simple circonstance que Bellin publie, avec privilège, cet ouvrage alors que la guerre de Sept Ans vient de débuter, y écrivant que « La noblesse angloise ne déroge point par le commerce maritime et fait en gros » ? On verrait-là plutôt une tactique du cartographe pour affirmer son identité de républicain des lettres attaché à la concurrence entre les deux nations, opposé à la guerre et spectateur engagé des errements du parti terrien dont les influences sur le pouvoir royal ont causé – depuis la rivalité entre d’Argenson et Maurepas au milieu des années 1740 – beaucoup d’infortunes avant le Traité de Paris, dernier acte d’une marginalisation américaine débutée après Utrecht.

De la présence de ce superbe exemplaire dans la Bibliothèque personnelle d’Antoine de SARTINE, personnage clé de la première période du règne de Louis XVI, on peut supputer qu’il fut une des ressources livresques du ministre de la Marine, prompt à nourrir la politique d’ouverture scientifique vers l’Angleterre conduite sous son ministère, entre 1774 et 1780. Le ministre pouvait, en cela, compter sur des commis compétents et dévoués, dont la permanence témoignait de la plasticité et de la durabilité d’un modèle d’État rationnalisé par les sciences que la disgrâce de son concepteur Maurepas - en 1749 - n’avait suffi à mettre à bas. Là où la guerre de Sept Ans avait pu marquer la fin de la puissance française pour certains historiens qui s’étaient réduits à l’étude économico-politique de la monarchie d’Ancien Régime et de la supériorité sans nuances de l’Angleterre sur la France, cet ouvrage est le témoignage de la continuité du marché commun des connaissances cartographiques entre la France et le Royaume-Uni, autant que celui de la permanence d’un État cultivé dont l’existence est à inscrire dans le trend des « Lumières d’État » définies par Jonathan Israel comme celles préparant les combats philosophiques du second dix-huitième siècle, dont les auteurs furent aussi – comme on l’oublie souvent – des proches des grands ministres de la monarchie.

PAR Arthur CAUMES

Histoire transnationale ENS Ulm & École des Chartes.


Arthur CAUMES est dix-huitièmiste et spécialiste des circulations scientifiques franco-britanniques, en terme de Marine et d'Histoire naturelle.

Il collabore à la revue trimestrielle politique et intellectuelle Commentaire, fondée par Raymond ARON.

Nous tenons à le remercier d'avoir prêté sa plume pour cet article.


Indications bibliographiques sommaires.

MAC CLELLAN III James, Science reorganized : scientific societies in the eighteenth century, New-York, Columbia University Press, 1985.

CHAPUIS Olivier, À la mer comme au ciel - Beautemps Beaupré & la naissance de l’hydrographie moderne (1700-1850). L’émergence de la précision en navigation et dans la cartographie maritime, thèse de doctorat en Histoire sous la direction de Jean Meyer, Université de la Sorbonne Paris IV, 1998.

BLECHET Françoise, « L’abbé Jean-Paul Bignon (1662-1743) », p. 339-361, in Les grands intermédiaires culturels de la République des Lettres Études de réseaux de correspondances du XVIème au XVIIIème siècles, Christiane Berkvens Stevelinck Hans Bots, Jens Häseler (dir.), Honoré Champion, Paris, 2005, p. 341-342.

Réseaux de correspondance à l’âge classique (XVI-XVIIIème siècle), textes recueillis et présentés par Pierre Yves Beaurepaire, Jens Häseler et Antony McKenna, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2006.

DREW ARMSTRONG Christopher, « Le comte de Maurepas et la redécouverte de la Méditerranée sous Louis XV », Communication orale à l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres, 31 mai 2013.

MIDDELL Matthias (dir.), Cultural Transfers, Encounters and Connections in the Global 18th Century, Leipziger Universitätsverlag, Leipzig, 2014.

FUMAROLI Marc, La République des Lettres, Paris, Gallimard, 2015, « La République des Lettres redécouverte », p. 33-56 ; « L’émergence des Académies » p. 139-171.

MAC CLELLAN III James, REGOURD François, The colonial machine. French science and overseas expansion in the old regime, Brepols, Turnhout, 2011.

 

Bellin ecosse 1

 

Belin 2
Belin 4